GESTION PASTORALE DE LA VALLÉE DU FLEUVE NIGER POUR LA PRODUCTION LAITIÈRE
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UNIVERSITE D’ABOMEY-CALAVI
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FACULTÉ DES SCIENCES AGRONOMIQUES
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DEPARTEMENT DES SCIENCES ET TECHNIQUES DE PRODUCTION ANIMALE
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GESTION PASTORALE DE LA VALLÉE
DU FLEUVE NIGER POUR LA
PRODUCTION LAITIÈRE

THÈSE
En vue de l’obtention du diplôme d’Ingénieur Agronome

Option :
Sciences et Techniques de Production Animale

Présentée et soutenue par :

Paul SABI BOUM

Le 17 Décembre 2004


Superviseur : Dr. Ir. Marcel HOUINATO


Composition du Jury :

President : Prof. Messanvi GBEASSOR (Université de Lomé)
Rapporteur : Dr. Ir. Marcel HOUINATO (FSA /UAC)
Examinateur : Dr. Sylvie ADOTE (FSA /UAC)
Examinateur : Prof. Kobina TURKSON (University of Cape Coast)

UNIVERSITY OF ABOMEY-CALAVI
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FACULTY OF AGRONOMIC SCIENCES
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DEPARTEMENT OFSCIENCES AND TECHNICS OF ANIMAL PRODUCTION
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PASTORAL MANAGEMENT OF THE
NIGER RIVER VALLEY FOR THE
DAIRY PRODUCTION


THESIS
Submitted to obtain the degree of « Ingénieur Agronome »

Option :
Sciences and Technology of Livestock Production

Presented and supported by :

Paul SABI BOUM


17 December 2004

Supervisor : Dr. Ir. Marcel HOUINATO



Composition of Jury :

President : Prof. Messanvi GBEASSOR (University of Lomé)
Rapporteur : Dr. Ir. Marcel HOUINATO (FSA /UAC)
Inspector : Dr. Sylvie ADOTE (FSA /UAC)
Inspector : Prof. Kobina TURKSON (University of Cape Coast)


Certification



Je certifie que ce travail a été entièrement réalisé par Paul SABI BOUM du
Département des Sciences et Techniques de Production animale (STPA) de
la Faculté des Sciences Agronomiques (FSA) de l’Université d’Abomey-Calavi
(UAC),















Le Directeur de thèse
Dr. Ir. Marcel HOUINATO
Maître –Assistant à la FSA














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DEDICACE





« Plantez les ligneux fourragers, cultivez les plantes fourragères car la vie du
pastoralisme en dépend ». Cette phrase fut prononcée en pleine savane, au coeur du
Bénin, à Boukousséra par mon grand père Wèwèré le plus grand prévoyant pasteur du
début du 20è siècle au moment où les théories sur la gestion de l’environnement
n’étaient que des balbutiements.
Je lui rends à titre posthume un vibrant hommage à travers ce travail.
































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REMERCIEMENTS

Au terme de ce travail ; je remercie sincèrement :

Le Dr. Ir. Marcel HOUINATO pour son encadrement, son intérêt, son dévouement,
ses conseils et le savoir qu’il m’a transmis durant ses années d’études avec le grand
espoir que le contact noué n’est que le commencement des relations qui
s’intensifieront dans le futur.

Le Professeur Brice SINSIN pour son intérêt, ses conseils, le partage de ses
connaissances, de son expérience et sa participation active à la réalisation de cette
thèse.

Le Dr. Ir. Seibou TOLEBA et le Dr. Sylvie ADOTE pour leur collaboration et
assistance scientifique e

Le Dr. Ir. Claude ADANDEDJAN pour son soutien matériel, technique et sa
disponibilité durant toute ma formation à la FSA.

Tout le personnel enseignant du Département des Sciences et Techniques de
Production animale (STPA) de la FSA/UAC pour la qualité de son enseignement.

Tout le personnel enseignant de la Faculté des Sciences Agronomiques (FSA) pour le
savoir qu’il m’a transmis

Mlle Roukayath CHABI TOKO pour sa sympathie, sa disponibilité lors de la saisie et
de la lecture finale du document.

Ismaila TOKO, DJOFFO Boubacar et Ali, Méré SABI BOUM pour leur contribution
lors de la réalisation des enquêtes, la récolte de phytomasse et de contrôle laitier.

Tous les amis de la 28ème promotion de la FSA pour tous les bons et mauvais moments
passés ensemble.

Tous les éleveurs peuls de la vallée du Niger qui m’ont accueillis pendant la phase
d’investigation pour tous les bons moments passés ensemble, avec toute ma
reconnaisssance : « mi yetti ».

Enfin mes pensées vont à ma chère grande famille de Boukousséra et à tous mes frères
et amis de la maison Gourè dont le soutien et l’amour m’ont été plus que bénéfiques.
Trouvez ici satisfaction.





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RESUMÉ
Dans la commune de Karimama occupée à 92,31% de sa superficie par le parc, s’étend
une étroite zone dans laquelle se pratique aussi bien l’agriculture que l’élevage. Cette
zone agropastorale particulière est caractérisée par de profondes mutations écologiques
et sociales. Elle a été choisie comme territoire de recherche afin de comprendre les
nouvelles stratégies d’adaptation des pasteurs à ces changements.

Ainsi trois zones pastorales ont été identifiées : la plaine inondable de la vallée du
Niger, les parcours de hautes terres et une partie de la zone tampon du parc national
W. Cette dernière est exploitée pendant la saison pluvieuse tandis que la première l’est
pendant la saison sèche. Deux types de pâturages ont été identifiés dans la vallée: les
pâturages à Echinochloa stagnina et les pâturages à Vetiveria nigritana. La zone
tampon est dominée par les pâturages à Hyparrhenia involucrata et Andropogon
chinensis
. La vallée produit trois fois plus fourrages que la zone tampon. La
phytomasse maximale moyenne est de 11,08 t MS/ha dans la vallée tandis qu’elle est
de 4,48t MS/ha dans la zone tampon

L’étude a porté aussi sur la production laitière de quatre races bovines du milieu à
savoir Gudali, Bodeeji, Jalliiji et Keteeji. La race Gudali s’est révélée plus performante
que les autres avec une production laitière moyenne de 2kg.j-1 La production la plus
faible a été de 1,3kg.j –1
au niveau de la race Keteeji.


Les mesures barymétriques effectués en saison sèche et pluvieuses ont révélé des
variations pondérales de 5% à 11% suivant les races. La variation la plus élevée est
31,37 % chez les Bodeeji contre 12,99 % chez les Jalliiji où elle est plus faible
L’utilisation des ressources naturelles dans la vallée du Niger évolue vers une
situation compétitive et conflictuelle entre les agriculteurs, les forestiers et les
éleveurs. Ces derniers se tournent vers l’agriculture en confiant leurs troupeaux aux
transhumants ou quittent définitivement leur territoire d’attache pour d’autres régions
plus favorables à l’élevage
Mots clés : Gestion pastorale, Vallée du Niger, Production laitière, Pâturage, Poids.







6

ABSTRACT

Within Commune of Karimama Northern Benin, there is a narrow area where people
practise agriculture and animal husbandry. This special agropastoral area is
characterized by profound ecological and social transformations. This area has been
selected as area of study so as to understand herder’s new strategies of adaptation to
those changes.

Three pastoral zones were identified: Niger’s river plain liable to flood, the high lands
rangelands, a part of the buffer zone of the W Park .This latter zone is used during the
rainy season while the former is used during the dry season. Two types of grasslands
were identified in the valley: they were Echinochloa stagnina pastures and Vetivera
nigritana pastures. The buffer zones were dominated by Hyparrhenia involucrata and
Andropogon chinensis pastures. The valley grasslands is three times more biomass
productive than the buffer zone.

The study was also interested in dairy production of four local cattle races namely
Gudali, Bodeeji, Daliiji and Keteeji. It revealed that Gudali-race was more productive
than the other races with a daily dairy production of Keteeji race showed the lower
dairy productivity: 1.3 Kg.j-1.
Barymetric measurements performed during dry and rainy seasons showed weight
variations from 5% to 11% according to race types. The use of natural resources in the
valley of Niger river is changing towards a situation of competition and conflicts
between farmers and animal breeders. The latter are either adopting farming or leaving
definitively their original bases to regions, which are, more suitable for animals
breeding.

Key words: Rangeland management; Valley of Niger; dairy production; weight.






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LISTE DES PHOTOS

Photo 1:
Troupeau de race Bodeeji…………………………………………… p.22
Photo 2: Troupeau de race Gudali …………………………………………… p.23
Photo 3: Vache de race Jalliiji ……………………………………………...…p.24
Photo 4 : Vache de race Keteeji………………………………………………..p.25
Photo 5 : Traite manuelle de lait ……………………………………………....p.29

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1:
Réalisations et prévisions en hectares des cultures agricoles…….p.16
Tableau 2: Caractéristiques récapitulatives des quatre races…………………p.26
Tableau 3: Calendrier pastoral………………………………………………..p.36
Tableau 4: Décision de transhumance par catégorie d’éleveurs……………...p.39
Tableau 5:Productivité des pâturages dans les deux zones
pastorales ……………………………………………………………………..p.41
Tableau 6: Capacité de charge et demande en terre équivalente par mois dans les
différentes zones………………….……………………………………………p.42
Tableau 7: Production laitière journalière des différentes races (kg)…………p.43
Tableau 8: Poids moyen des vaches des quatre races par période…………….p.48

LISTE DES FIGURES

Figure 1-a :
Carte administrative du Bénin……………………………………..p.7
Figure 1-b :
Le Parc W, zone tampon et la vallée de Karimama……..................p.8
Figure 2: Evolution de la pluviométrie de 1943 à 2003……………………….p.10
Figure 3: Evolution de la production laitière moyenne pour les quatre races par
contrôle…………………………………………………………………………p.44
Figure 4: Fréquence de la période de vêlage chez la race Keteeji…………….p.45
Figure 5: Fréquence de la période de vêlage chez la race Bodeeji……………p.45
Figure 6: Fréquence de la période de vêlage chez la race Jalliiji……………..p.46
Figure 7: Fréquence de la période de vêlage chez la race Gudaali……………p.46
Figure 8: Variation du poids selon les races ………………………………….p.49
Figure 9: Productivité des pâturages par zone ………………………………..p.61
Figure 10: Evolution de la productivité des pâturages et de la production
laitière ……………………………………………………………..p.65





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SIGLES ET ABREVIATIONS

ASECNA : Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à
Madagascar
A.U.P.E.L.F-U.R.E.F: Association des Universités Partiellement ou Entièrement de
Langue Française – Université des Réseaux d’Expression Française
CARDER:Centre d’Action Régionale pour le Développement Rural
ECO.P.A.S: Ecosystème protégés en Afrique Sahélienne
Eq.L: Equivalent-Lait
F.A.O: Organisation des Nations Unies Pour l’Agriculture et l’Alimentation
F.S.A: Faculté des Sciences Agronomiques
GMQ: Gain Moyen Quotidien
G.P.S:
Global Positioning System
I.E.M.V.T: Institut d’Elevage et Médecine Vétérinaire Tropicale
M.S: Matière Sèche
P : Probabilité
RGPH : Recensement Général de la Population et de l’habitat
SSA: Service de Santé Animale
U.A.C:
Université d’Abomey-Calavi
UBT: Unité Bovin Tropical
UCP:
Union Communale des Producteurs
Z.C.D:
Zone Cynégétique de la Djona
Z.C.P: Zone Cynégétique de la Pendjari
Z.T: Zone Tampon
















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Tables des matières
1-Introduction ……………………………………………………………2
2 -Milieu d’étude ………………………………………………………...6
2-1- Situation géographique ……………………………………………..6
2-2 -Formations géologiques et sols …………………………..…………9
2-3- Hydrographie …………………………………………..……………10
2-4-Facteurs climatiques …………………………………………………10
2-4-1-Pluviométrie et évapotranspiration ………………………………..10
2-4-2-Température et humidité relative …………………………………11
2-4-3-Vents et insolation ………………………………………………..11
2-5-Végétation ………………………………………………..................12
2-5-1- Savanes herbeuses ……………………………………………….12
2-5-2- Savanes arbustives …………………………………….………….12
2-5-3- Végétation des sols caillouteux ………………………….…….13
2-5-4- Végétation des dépressions ……………………………..……..13
2-5-5- Les jachères ……………………………………………….…...14
2-6-Milieu humain …………………………………………………..…..14
2-7-Agriculture et pêche …………………………………………………15
2-8-Elevage bovin ………………………………………….....................16
2-8-1-Système d’élevage ……………………………………………….17
2-8-2-Généralités sur la production laitière ……………………..……..17
3- Matériels et méthodes ………………………………………………….21
3-1- Matériels de travail …………………………………………………...21
3-2 –Matériel animal ………………………………………………………21
3-3-Méthodes de collecte des données …………………………………….27
3-3-1- Choix de la zone d’étude ………………………………………..27
3-3-2- Phase d’investigation en milieu pastoral ………………………..27
3-3-3- Choix des sites d’installation des placeaux …………………….27
3-3-4- Récolte périodique de phytomasse ……………...........................28
3-3-5- Contrôle laitier ………………………………………………….28
3-3-6- Prise de poids …………………………………............................29

10

3-4- Méthodes de traitement des données ………………………………29
3-4-1- Calcul de la capacité de charge ……………...…………………..29
3-4-2- Contrôle laitier …………………………………………………..30
3-4-3- Prise de poids ……………………………………………………30
3-4-4- Analyse statistique ………………………………………………31


4-Résultats ……………………………………………………………..33
4-1- Gestion pastorale ………………………………………………….33
4-1-1- Utilisation de l’espace et des ressources naturelles …………….33
4-1-2- Calendrier pastoral ……………………………………………..34
4-1-3- Mode de conduite des troupeaux ……………………………….37
4-1-3-1- Mode de conduite sédentaire …………………………………37
4-1-3-2- Mode de conduite transhumant ………………………………38
4-2- Productivité et capacité de charge des pâturages …………..…..41
4-2-1-. Productivité des pâturages …….………………………………41
4-2-2- Capacité de charge et demande en terre équivalente…………...42
4-3- Production laitière ……………………………………………..43
4-3-1- Production laitière des différentes races ……….......................43
4-3-2- Période de vêlage des vaches …………………………………45
4-3-3- Valeur culturelle du lait en milieu pastoral ………..………….46
4-4- Perte pondérale des vaches en saison sèche ………………….....48




11

5-
Discussion ………………………………………………………..51
5-1- Gestion pastorale ……………………………………………………51
5-1-1- Analyse de la gestion du terroir ………………….……………….51
5-1-2- Impact de la gestion du terroir sur du pastoralisme …………….. .54
5-1-3- Analyse des systèmes d’exploitation des troupeaux ……………..58
5-1-4- Variation spatio-temporelle de la productivité et capacité
de charge …………………………………………..…………………….60
5-2- Relation entre production laitière et productivité
des pâturages………………………………………………….…………63
5-2-1- Analyse des facteurs déterminants dans la production laitière …..63
5-2-2- Effets des périodes de vêlage sur la production laitière ………….67
5-2-3-Effet de la variation pondérale sur la productivité
des vaches ………………………………………………….………...…68

6-
Conclusion et recommandations ………………….………………73
6-1
Conclusion ……………………………………….……………….73
6-2
Recommandations …………….……………………… ………….75
Références bibliographiques………………………………………78















12














Chapitre 1 : Introduction Générale














13

1-Introduction
En 1996 le troupeau bovin mondial s’élevait à 1,32 milliard de têtes. Les pays
tropicaux possèdent 70% du troupeau bovin mondial dont 15% dans le continent
africain (Meyer, 1999). Donc l’élevage bovin occupe une place de choix dans les
économies des pays africains. Ainsi il représente 10 à 20% du PIB et jusqu’à 50 à 80%
du PIB agricole (Faye, 2001).
L’activité de l’élevage dans les pays du Sud joue cependant un rôle bien plus
considérable que ne le laisse croire ces statistiques. Ces estimations à caractère
marchand ne permettent pas de prendre en compte le rôle économique indirect
(fertilisation organique du sol, culture attelée,…). L’élevage intervient aussi dans
l’équilibre écologique par l’utilisation rationnelle de l’espace (Bayer et Waters-Bayer,
1999) et la valorisation des zones marginales (Daget et Lhoste, 1995). Il joue
également un rôle social à travers la sécurisation, la dot et l’échange, (Diallo, 2002 ;
Ly, 2003),
Au Bénin le cheptel bovin est estimé à 1.600.000 têtes (FAO, 2003). Les départements
du Borgou et de l’Alibori détiennent à eux seul près de 2/3 de ce cheptel, alors qu’ils
disposent des terres à statut particulier, non accessibles à la pâture. La commune de
Karimama subit la plus grande pression pastorale à cause de sa proximité avec les pays
sahéliens (Niger, Burkina Faso et le Nord Nigéria), de la présence du parc W, des
transhumants étrangers et du fleuve Niger. L’espace libre est très restreint et réduit à
7,7% de la superficie totale (Sounkere, 2003). Les éleveurs ne disposent donc que
d’une petite bande de terre limitée au nord par le fleuve Niger et au sud par le parc W.
Cette situation pousse les éleveurs à pâturer dans le parc.
L’élevage dans cette région est caractérisé par le semi-nomadisme et la transhumance
avec un système alimentaire de type pastoral, c’est à dire l’utilisation exclusive des
parcours naturels. La surexploitation de ces parcours consécutive à l’extension
continue des surfaces cultivées et à la croissance de cheptel bovin entraîne une
évolution régressive de la flore et parallèlement une réduction du potentiel fourrager.
Sinsin (1985) avait mis en évidence la dégradation des écosystèmes du W par le bétail
transhumant. Mais il a fallu attendre plus d’une décennie, avec l’avènement du projet
ECOPAS pour infliger une répression sévère contre la présence du bétail domestique

14

dans le parc. Ainsi le parc W est devenu une citadelle immobile que l’on ne pénètre
qu’aux risques physiques de faire l’objet de tirs d’armes à feu, et dans le meilleur des
cas, qu’à celui d’y laisser une partie de son troupeau sous forme d’amende. Selon
(Tamou, 2002) les actions de protection sont menées manu militari par des gardes
faune qui ont reçu l’ordre d’abattre systématiquement les bovins qu’ils trouveraient en
pâture dans le parc. Les amendes en cas d’infraction sont passées de 40.000 à 500.000
FCFA afin de décourager l’accès au parc par ces éleveurs. Dès lors, ces derniers ont de
plus en plus des difficultés à nourrir leurs animaux. C’est ainsi qu’ils ont été contraints
à exploiter la vallée du Delta de Niger pendant la saison sèche. Par contre en saison
pluvieuse ils se replient vers les hautes terres où les fourrages sont plus disponibles.
Mais cette variation de la pratique de l’élevage a provoqué des mutations profondes
sur les performances zootechniques des bovins de même que sur le calendrier
pastoral. Dans de telles conditions de déficit fourrager, le cheptel est mis dans
l’impossibilité d’extérioriser son potentiel génétique d’où les pertes de poids énormes
observées en période critique et son corollaire sur la production laitière.
L’activité de l’élevage bovin à été caractérisée cette dernière décennie par une forte
croissance globale de la demande du lait frais et produits laitiers suite à l’augmentation
rapide de la consommation dans les pays en voie de développement (Meyer & Denis,
1999). Aussi la production du lait est-elle pratiquement basse dans le continent africain
(3,5% de la production mondiale) malgré son importance dans l’élevage (25% du PIB
de l’élevage) (FAO, 2002).Elle est estimée au Bénin à 31.000 t en 2003 par la FAO.
Malheureusement cette production ne suit pas suffisamment la croissance
démographique et l’évolution des demandes urbaines. Les besoins en lait demeurent
insatisfaits dans notre pays. La consommation moyenne annuelle est partout inférieure
aux normes de besoins données par la FAO soit 60kg/hab.d’équivalent-lait (EqL).Elle
est estimée dans notre pays à 11,1kg/hab./an. Cette distorsion relève du décalage entre
l’accroissement de la production et l’évolution des besoins. La quantité et la qualité
des aliments conditionnent en grande partie cette production. Les aliments sont donc
l’un des facteurs limitant de la production en élevage extensif et l’une des principales
sources de dépense dans les exploitations laitières (Meyer et Denis, 1999).
L’alimentation des vaches laitières doit donc être définie et planifiée tant, pour la

15

production laitière que pour la reproduction quelque soit le choix de la production.
Donc, la stratégie est de bien nourrir les animaux pendant les périodes difficiles car il y
a un poids critique en dessous duquel les vaches ne peuvent concevoir.
Ainsi un des problèmes primordiaux à résoudre afin d’assurer l’exploitation durable
des potentialités fourragères de la vallée du fleuve Niger demeure l’intensification de
l’élevage par le biais de la production laitière. Un diagnostic s’impose donc quant au
fonctionnement des nouvelles stratégies développées par les éleveurs pour conférer
toujours à l’élevage son importance socioculturel et économique. En fait selon Faye
(2001), l’aménagement, l’amélioration des systèmes existants se sont toujours révélés
plus rentables et bien plus prometteurs pour combler les attentes des producteurs, des
acteurs du développement, sur le plan alimentaire, socio-économique et la
conservation des ressources naturelles. C’est dans cette option que s’inscrit la présente
étude intitulée : « Gestion pastorale de la vallée du fleuve Niger pour la production
laitière ».
La présente étude cherche à répondre à la préoccupation suivante à savoir : quels sont
les changements manifestés dans la pratique d’élevage bovin dans la vallée du fleuve
Niger depuis l’interdiction aux éleveurs de pâturer dans le parc W et quels sont leurs
impacts sur la croissance pondérale des vaches et leur production laitière. Ces
questions seront abordées dans la partie discussion.













16
















CHAPITRE 2: Milieu d’étude
















17

2- Milieu d’étude
2-1- Situation géographique
La présente étude a été effectuée dans la commune de Karimama située à l’extrême
Nord -ouest du Bénin, dans le département de l’Alibori entre les parallèles 11°50’ et
12°25’ de latitude nord et les méridiens 2°43’ et 3°20’ de longitude est. La commune
de Karimama est limitée à l’Est et au Nord par le Fleuve Niger, au Sud par la
commune de Malanville, à l’Ouest par la commune de Banikoara, au Nord-Ouest par
la frontière du Burkina-Faso.
Cette situation particulière facilite la transhumance transfrontalière avec les pays
voisins : Niger, Burkina Faso et Nigeria.
La commune de Karimama couvre une superficie de 6102 km² (soit 610.200 ha) avec
563.280 ha occupés par le parc W du Niger soit 92,31 % de la superficie totale. La
zone libre (7,69%) est partagée entre l’agriculture et l’élevage comme l’indique les
figures suivantes :


18

Zone d’étude
Figure 1-a : Carte administrative du Bénin
Source : www.ambassade-benin.org


19








Figure 1-b :

Parc National W du

Bénin et sa zone
tampon


20

2-2-Formations géologiques et sols.
La zone d’étude présente un relief accidenté, il est dominé par des dépressions et des
surélévations qui sont des collines de gravillons ferrugineux et de quartzites.
A travers ce relief se distinguent plusieurs types de sols qui sont le reflet de la roche-
mère. Il s’agit des :
- Sols de la vallée du Niger : ce sont des sols peu évolués, riches en argile,
hydromorphes, interdégradés vers les sols bruns eutrophes qu’on retrouve dans la
vallée et la dépression. La production sur ces sols dépend du régime pluvial. Leur
richesse chimique les classe parmi les meilleurs sols du Bénin.
- Sols sablo-argileux et sablo-limoneux : ils sont relativement plus pauvres que les
précédents. Ils couvrent la plus grande partie du périmètre étudié. Ils supportent la
plupart des champs de culture, les différentes savanes et jachères. Ce sont des sols sans
concrétions, ils ont une profondeur utile importante, une perméabilité assez bonne
mais des réserves en éléments minéraux réduites.
- Sols ferrugineux tropicaux : au nombre de ces sols on peut citer :
*Sols ferrugineux tropicaux peu lessivés en argile, en sesquioxydes, sur granito gneiss
à deux micas. Ils sont de fertilité chimique médiocre.
*Sols indurés sur kaolin ou sur granito-gneiss de biotite. Ils ont une bonne
perméabilité, mais la forte teneur en éléments grossiers et le niveau induré sont
limitants pour les cultures à enracinement profond ou fragile.
*Sols lessivées sans concrétion ou indurés. Ils sont de propriétés chimiques et
physiques moyennes à médiocres.
*Les bowés ou dalles recouvertes qui sont des cuirasses recouvertes d’une couche
superficielle de sol. En saison pluvieuse, les bowés présentent une hydrographie due à
la cuirasse ferrugineuse. Elles présentent ainsi l’allure d’une mare temporaire qui fait
objet de pâturage et de lieu d’abreuvement du bétail pendant la saison pluvieuse. Ces
différentes mares temporaires font que les cours d’eau sont peu exploités en saison des
pluies.





21

2-3 –Réseau hydrographique.
La zone d’étude se situe dans le réseau hydrographique du Nord. Le fleuve du Niger
qui forme la frontière avec la république du Niger possède l’une des vallées les plus
importante de l’Afrique. Il coule du Nord au Sud sur 130 km sur les terres béninoises,
sur un total de 4.200 km et sa vallée couvre une superficie de 30.000 ha. Avant de se
jeter au Bénin, le fleuve Niger reçoit vingt neuf (29) affluents. Dans la zone d’étude, il
en reçoit deux (2) : l’Alibori et le Mekrou

2-4- Facteurs climatiques
2-4-1- Pluviométrie et évapotranspiration
La vallée du Niger à Karimama est située dans la zone semi-aride caractérisée par un
régime pluviométrique unimodale.
La figure suivante présente l’évolution de la pluviométrie de 1943 à 2003
Figure 2 : Evolution de la pluviométrie de 1943 à 2003
1200
1000
e
plui
800
r de
u

600
Pluviométrie
Haute
annuelle
Moyenne sur les
400
60 ans
200
0 1
1
1
1
1
1
1
1
1
9
9
9
9
9
9
9
9
9
1
1
1
1
1
1
2
4
4
5
5
5
6
6
7
7
9
9
9
9
9
9
0
3
7
1
5
9
3
7
1
5
7
9
8
3
8
7
9
1
9
5
9
9
0
3
Années

Source : ASECNA, station de Mallanville de 1943 à 2003

Il ressort de l’analyse de cette figure que le régime pluviométrique de la région subit
une grande variation d’années en années. On observe une diminution de la
pluviométrie qui s’est beaucoup plus accentuée depuis les années 70 et s’est poursuivie
jusqu’en 2000 (fig. 2).

22

La connaissance de la répartition des pluies dans l’année est importante puisqu’elle
permet de connaître les périodes pendant lesquelles les animaux sont confrontés au
problème de déficit en eau.
La pluviométrie moyenne annuelle est située entre 700 et 900 mm, avec une moyenne
de 833,33 mm sur les soixante dernières années.
La saison pluvieuse s’étend de juin à octobre avec une forte variabilité d’une année à
l’autre. Donc la disponibilité fourragère en dépend étroitement et par conséquent la
capacité de charge (Bayer et Waters-Bayer, 1999).
L’évapotranspiration annuelle moyenne est de 2158 mm dont plus de la moitié se situe
de Décembre à Mars, période où l’évaporation calculée est de plus de 1.800 mm.

2-4-2- Température et humidité relative
Les températures subissent une grande variation au cours de l’année. Elles varient
entre 15°C et 45°C. Les moyennes les plus élevées sont enregistrées en mars- avril et
les plus basses en janvier. La période de novembre à avril correspond à celle de la
grande sécheresse et les mois de décembre et janvier sont marqués par l’harmattan qui
est un vent froid et sec.
Quant à l’humidité relative, elle est très élevée en saison des pluies et particulièrement
en août – septembre où elle atteint 95 %. Elle devient faible en saison sèche avec des
valeurs minimales atteignant 15 % en janvier-février.

2-4-3- Vents et insolations
Les vents y sont violents, notamment l’harmattan qui souffle du nord-est vers le sud-
ouest de novembre jusqu’à février. Avec une vitesse moyenne de 2m/s, il est
caractérisé par de basses températures, parfois inférieures à 15°C. Ce vent constitue
selon Sinsin (1996), un facteur d’augmentation de l’état de sécheresse du milieu
naturel. C’est la période au cours de laquelle la plupart des cours d’eau tarissent et
l’eau n’est disponible que dans quelques mares et dans certaines rivières en chapelet
dans le lit mineur. C’est le point de départ des problèmes d’alimentation et
d’abreuvement du bétail.

23

Il y a aussi l’alizé maritime qui souffle dans la région de mai à novembre dans la
direction sud-ouest atteignant une vitesse moyenne de 3m/s. C’est ce vent qui apporte
de la pluie dans cette région. L’insolation est 2930 heures par an avec 288 heures en
janvier et 160 en août (Bako, 1994)

2-5- Végétation
Les données sur la végétation proviennent du rapport du schéma Directeur du parc
national W 2001, cité par Tamou (2002).
Les formations végétales observées dépendent non seulement de l’action des facteurs
climatiques et de la nature des sols mais aussi de l’action anthropiques (ancienneté de
l’empire, durée des jachères, pratiques culturales). La végétation naturelle de la région
d’étude, est une transition entre le type soudano guinéen et celui soudano sahélien.
La végétation est dominée par les savanes arbustives et herbeuses avec par endroits
des plages complètement nues de même que des prairies naturelles.

2-5-1- Savanes herbeuses
Dans cette savane, il n’y a pratiquement ni arbre, ni arbuste mais seulement un tapis
graminéen avec quelques rares pieds de Combretum ssp et de Cochlospermum
tinctorium.
Ce sont des formations végétales homogènes à Schoenefeldia gracilis ou à Loudetia
togoensis et Aristida stipoides.

2-5-2- Savanes arbustives
Généralement clairsemées, ces formations occupent la majeure partie de la zone
d’étude. Elles se développent sur des sols minces au-dessus de la cuirasse latéritique
ou au- dessus des grès. L’aspect général est constitué par des arbustes branchus avec
des plages d’érosion où le sol semble s’effondrer en présentant un aspect tourmenté ou
de petites cuvettes.
Les espèces ligneuses présentes sont dominées par les Combretum collinum,
Piliostigma reticulatum, Vitellaria paradoxa, Anogeisus leiocarpa, Vitex doniana, Sclerocarya

24

birrea, Gardenia erubescens, Guiera senegalensis, Terminalia avicennioides, Maytenus
senegalensis.
On y trouve aussi certaines espèces épineuses caractéstiques des formations de la
région telles que : Acacia senegal , Acacia ataxacantha, Acacia nilotica, Acacia
seyal, Acacia macrostachya, Acacia gourmaensis. Quelques grands arbres tels que :
Khaya senegalensis, Adansonia digitata, Bombax costatum sont aussi présents.
D’une manière générale la strate herbacée est dominée par les graminées annuelles qui
disparaissent pour la plupart dans la seconde moitié de la saison sèche. Parmi elles on peut
citer : Andropogon pseudapricus, Aristida Kerstingii, Pennisetum pedicellatum et
Diheteropogon amplectens.

2-5-3- Végétation des sols caillouteux.
Elle se présente sous l’aspect d’une savane arborée ou arbustive sur les sols rocheux,
cuirasse ou graviers pierreux. Les espèces caractéristiques sont le Burkea africana et le
Detarium microcarpum mélangées à d’autres telles que, Lannea acida, Sterculia
setigera, Combretum glutinosum. Au pied des collines, on rencontre généralement
Acacia ataxacantha et Combretum micranthum.

2-5-4-Végétation des dépressions
Il s’agit essentiellement des prairies rencontrées dans les plaines d’inondation des
fleuves Niger, Alibori et Mekrou. D’autres prairies s’étendent sur les bouées où il y a
une mince couche de terre sur les roches ou la cuirasse subaffleurante.
Dans les bas-fonds à sols mal drainés, on rencontre Mitragyna inermis en peuplement
pur. Dans les bas-fonds hydromorphes mais à submersion moins importante, on
observe une savane arborée à Terminalia macroptera en association avec Terminalia
laxiflora, Pseudocedrela kotschyi, Piliostigma thonningii, Gardenia ternifolia,
Vitellaria paradoxa, Combretum collinum…
Sur les butes, exondées, on peut rencontrer Piliostigma thonningii et en de rares
endroits, Acacia sieberiana.
Les formations herbeuses sont représentées par Vetiveria nigritana, Echinochloa
stagnina, Oryza longistaminata et Sorghastrum bipennatum. Certaines espèces autres

25

que les graminées peuvent s’y retrouver notamment Ipomoea aquatica, Melochia
corchorifolia, Cyperus spp, Scleria spp, Scirpus jacobi, Aeschynomene indica .

2-5-5-Les jachères
Nous avons deux types de jachères : les jeunes jachères d’un an à deux ans et les
vielles jachères âgées de plus de deux ans. Du fait de la réduction des superficies
cultivables dans la zone d’étude, les jachères dépassent rarement 5 ans. Elles se
caractérisent par des jeunes arbustes de Combretum spp, Thelepogon elegans, Guiera
senegalensis, Piliostigma reticulatum et plusieurs espèces d’Acacia.
Par ailleurs on y rencontre les grands arbres épargnés lors des défrichements des
champs pour leur valeur socio-économique et culturelle et leur intérêt zootechnique. Il
s’agit de Parkia biglobosa, Vitellaria paradoxa, Khaya senegalensis, Vitex doniana.
La strate herbacée est dominée par les graminées telles que : Andropogon
pseudapricus, Pennisetum pedicellatum, Pennissetum polystachion, Panicum pansum,
Eragrostis tremula...

2-6-Milieu humain.
La population de Karimama est de 39.747 habitants (RGPH, 2002) ; avec une densité
de 4,8 habitants / km ² et un taux de croissance de 3,36 %. Le nombre total de ménages
est de 3766 dont 3542 ruraux. Les principales ethnies sont : Dendi (63,8%), Peul
(18,3%), Gourmantché (14%), autres (7,1%). Les Dendi et les Goumantché sont
spécialisés dans l’agriculture mais pratiquent aussi le petit élevage. La pêche est
pratiquée par les étrangers (Ghanéens).Quant aux Peul, ils sont éleveurs et agro
éleveurs.
Plusieurs catégories d’éleveurs se rencontrent dans le milieu. Leur typologie est
établie selon leur origine qui définit le système d’exploitation et l’adoption d’une race
bien déterminée de bovins.
Les quatre groupes d’éleveurs identifiés par Van Driel (2001) sont :

Bororoobe : originaires du Niger plus précisément de Dallol, Dosso, Debe, ils
élèvent la race Bodeeji couramment appelés bororo (Beauvilain, 1979). A la faveur des
migrations des éleveurs et des vicissitudes de l’histoire, ils se sont retrouvés dans la

26

zone d’étude. Ce sont de véritables transhumants, ils ne font pas de l’agriculture. Ils
vivent avec les ménages de petite taille (4 ± 1). Le taux d’exploitation de leur troupeau
est très faible. Ils se déplacent rarement avec leurs femmes.

Ciwalbe : Ils sont originaires du Nigeria et élèvent la race Gudali. Ils sont les
moins nombreux. Les ciwalbe sont généralement sédentaires mais ne pratiquent pas
l’agriculture.

Bettinkoobe : Ils sont originaires du Niger et élèvent la race Jalliiji. Ils sont les
plus nombreux dans la vallée. Les éleveurs de Jalliiji sont répandus dans toute la vallée
du delta du Niger depuis des siècles. Ils sont transhumants mais cela ne les empêche
pas de pratiquer l’agriculture.
Bargube : C’est le groupe d’éleveurs le plus anciennement installés dans le
milieu. Mais ils sont aujourd’hui moins nombreux car beaucoup se sont déplacés vers
le sud du département qui est plus humide. Ils élèvent généralement les zébus Keteeji.
Les éleveurs de Keteeji sont des agro éleveurs.

2-7 – Agriculture et pêche
C’est une agriculture itinérante sur brûlis. Elle est la principale activité économique
dans le milieu. La position géographique de la commune de Karimama, coincée entre
le fleuve Niger et le parc national W fait qu’elle ne dispose que de 7,69 % de sa
superficie pour l’agriculture et l’élevage. Cette situation maintient et accentue les
conflits entre éleveurs et agriculteurs. Les principales cultures sont : sorgho, maïs,
coton, arachide, mil, riz, pomme de terre, oignon, niébé, manioc, gombo. Les
différentes réalisations en hectare des cultures au cours de la campagne 2003-2004 et
les prévisions pour 2004-2005 sont consignées dans le tableau 1.
Quant à la pêche, elle est fluviale et se pratique sur le fleuve Niger et ses affluents
(Alibori, Mekrou). La pisciculture se pratique dans les étangs piscicoles et trous à
poissons dont la production ne dépasse pas une tonne par an. La pêche est organisée de
façon traditionnelle. Elle couvre généralement la période de septembre à avril.


27

Tableau 1: Réalisation et prévision en hectare des cultures agricoles



REALISATION 2003-2004
PREVISION 2004-2005
SPECULATION
Hommes
Femmes
Total Hommes Femmes Total
COTON


2842
2842
3000
240
3240
CULTURE
INDUSTRIELLE

2842
0
2842
3000 240
3240
MAIS LOCAL

504
18
522
670
25
695
MAIS AMELIORE

33
2
35
45
3
48
SORGHO

8981
229
9210
9200 250
9450
MIL


9433
101
9534
11880
120
12000
RIZ
240
108
348
300
150
450
TOTAL CEREALES

19191
458
19649
22095
548
22643
MANIOC





445
5
450
IGNAME



0

0
PATATE DOUCE







TOTAL TUBERCULES

0
0
0
445
5
450
NIEBE LOCAL

466
18
484
500
25
525
NIEBE AMELIORE


0
20
20
ARACHIDE LOCALE

2729
367
3096
3200
400
3600
ARACHIDE AMELIORE


25
25
VOANDZOU



0
60
30
90
SOJA







TOTAL
LEGUMINEUSES

3195
385
3580
3805
455
4260
CITRILUS



0

0
GOMBO

67
570
637
72 700
772
PIMENT




30
20
50
TOMATE





30
20
50
OIGNON




50
10
60
POMME DE TERRE




20
20
TOTAL CULTURES
MARAICHERES 67

570
637
202
750
952
SOURCE : CARDER Borgou-Alibori

2-8- L’élevage bovin
L’élevage occupe une place de choix dans les économies des pays africains. Ainsi il
représente 10 à 20% du PIB et jusqu’à 50 à 80 % du PIB agricole (Faye, 2001).
L’élevage vient en deuxième position après l’agriculture parmi les activités menées
dans la zone d’étude. L’élevage bovin est d’une grande importance du fait non
seulement qu’il est l’apanage des Peuls, peuples d’origine pastorale mais occupe
chaque exploitant agricole du milieu. L’effectif du cheptel animal de la commune de
Karimama est estimé par le Service de santé animale (SSA Karimama) à 48.236 têtes
de bovins.

28

2-8-1- Système d’élevage
Le système d’élevage se définit comme « un ensemble de techniques et de pratiques
mis en œuvre par une communauté pour exploiter dans un espace donné des ressources
végétales par des animaux en tenant compte de ses objectifs et des contraintes du
milieu » (Meyer et Denis, 1999). Ainsi plusieurs systèmes d’élevage sont observés
dans le milieu. Il s’agit de :
La transhumance : système pastoral caractérisé par des déplacements saisonniers
cycliques, synchrones du régime des pluies pour l’exploitation des ressources
fourragères et hydrauliques temporaires dans un espace agraire dont les pasteurs ont la
maîtrise technique par droit d’usage coutumier.
L’agro pastoralisme : mode d’exploitation agricole dans lequel le système pastoral
coexiste avec le système de production végétale.
Le système d’élevage dépend donc surtout des modalités de la quête des ressources
hydriques et fourragères mais aussi de l’objectif de la production.

2-8-2-Généralités sur la production laitière
Les populations pastorales représentent entre 12 et 16% de la population totale
respectivement de l’Afrique occidentale et orientale. Elle fait environ 25 millions de
personnes qui se nourrissent essentiellement du lait (Diallo, 2002).
Les prévisions d’évaluation démographique et de croissance de la consommation
individuelle de produits animaux montrent que, d’ici à 2020, il va falloir produire plus
de 220 milliards de litres de lait et 100 millions de tonnes de viande dans les pays en
voies de développement (Faye, 2001).
Cette dernière décennie est caractérisée en Afrique par une forte croissance globale de
la demande du lait frais et produits laitiers suite à l’augmentation rapide de la
consommation liée à l’évolution des habitudes alimentaires dans les centres urbains.
Selon Akueson (2001) la consommation du lait et produits laitiers à Cotonou et à
Porto-Novo est respectivement de 14,5kg/h/an et 12,9kg/h/an.
En Afrique la production du lait est particulièrement basse (Meyer et Denis 1999).
Cette situation est liée à une conduite d’élevage traditionnelle dont la productivité est
très faible. La production vient le plus souvent d’un bétail à aptitude mixte qui fournit

29

de la viande, du cuir, de la fumure pour fertiliser les champs et du lait. Très peu de
vaches sont spécialisées. Toute vache en lactation est considérée être une vache laitière
quelle que soit sa production. Le lait est considéré souvent comme un co-produit de
l’élevage et non comme une production principale. Le lait des vaches lactantes sert
essentiellement à la nourriture des veaux et à l’autoconsommation mais aussi à la
vente.
Même si la consommation du lait y demeure plus faible qu’en Europe et en Amérique
du Nord, les marchés locaux pour les produits laitiers sont en hausse dans le continent
africain (Faye et Loiseau, 2000). Le lait est un aliment biologique qui présente un
intérêt nutritionnel évident et dont la production organisée remonte à plus de dix mille
ans (Faye et Loiseau, 2000).
Actuellement la vache laitière moyenne produit annuellement 7.700 litres aux Etats-
Unis et 5.500 litres en France. D’importantes disparités sont à noter à travers les
continents et il existe aussi une grande variété au sein des pays : les vaches les plus
performantes produisent jusqu’à 10 - 12.000 litres par an et le record mondial se situe
à 24.000 litres. Au Bénin la production laitière accuse un lourd déficit depuis plusieurs
années (Akueson, 2001). La vache Borgou peut produire 2,5 litres par jour en élevage
traditionnel dont 1,1 litre par jour jusqu’à 4 litres en élevage amélioré (Ogodja, 1988),
soit 770 kg par lactation. La lagunaire quant à elle produit 1 à 1,5 litres en élevage
amélioré (Akueson, 2001) et le zébu peul près de 413 kg de lait annuellement.
Rappelons que la production du pays est estimée en 2003 à 31.000 tonnes de lait de
vache entier (FAO, 2003).
L’organisation de la filière laitière en Afrique pour Boutrais (1990) est basée sur
l’économie pastorale traditionnelle partagée en deux domaines selon les sexes : celui
du bétail et celui du lait.
Mais de nos jours, on remarque le développement des filières périurbaines.
Parmi les produits laitiers, le fromage occupe une place de choix. Sa production
nationale est estimée à 3000 tonnes par an (Bawath et Amoussou ,1998) il faut environ
5l de lait pour fabriquer 1kg de fromage, ( Ogodja, 1988 ; Kees, 1996), 10l de lait pour
1,5kg de fromage en Guinée (Diallo, 2002). Les autres produits laitiers sont le lait
caillé, la crème du lait, le beurre ( Ogodja, 1988 ; Akueson, 2001).

30

Dans les pays du sud, l’organisation de la filière laitière, ainsi que la faiblesse du
système de réglementation et des structures de contrôle de la qualité des produits, ne
permettent pas d’assurer une qualité hygiénique suffisante des produits laitiers (Faye et
Loiseau, 2000). C’est pour cette raison que le Bénin a sollicité la FAO dans le cadre du
programme ” lait de brousse ” pour réaliser des démonstrations sur l’utilisation de la
méthode de conservation du lait cru par le système de la lacto peroxydase dirigé par
Lhoste en septembre 2003 (Lhoste,2003) .

























31














CHAPITRE 3 : Matériels et méthodes















32

3 - Matériels et méthodes
3-1- Matériels de travail
Un GPS pour prendre les waypoints des placeaux et rendre compte de l’emprise
géographique des pasteurs.
Un appareil photo pour illustrer certaines images.
Des sachets en plastiques pour récolter les échantillons de phytomasse qui sont
destinés au préséchage sur le terrain. Ces échantillons sont ensuite mis dans les
sachets de productivité et envoyés au laboratoire pour séchage définitif à l’étuve à
60oC.
Des pesons de 500g ± 5g, 2000g ± 20g, 5000g ± 25g pour peser les échantillons de
phytomasse récoltés au niveau des placettes et pour le contrôle laitier.
Un mètre ruban pour la délimitation des placeaux. Il a servi également à la
mensuration du périmètre thoracique pour évaluer la croissance pondérale des
bœufs.
Un carré de 1m de côté fait à l’aide de barre de fer pour définir les placettes à
couper à l’intérieur des placeaux
Une balance de précision pour prendre les poids des échantillons séchés à l’étuve.
Un petit seau de 10 l pour faire le contrôle laitier.

3-2-Matériel animal
Le tableau 2 récapitule les caractéristiques des races bovines selon Daget et Lhoste
(1995) présente dans le milieu. Quatre races ont été identifiées.
La race Bodeeji communément appelée Bororo.
C’est est un zébu de type longiligne, haut sur patte, à encolure longue, à la tête et
poitrine haute, aux cuisses et fesses minces, aux museaux longs ( photo 1). Le mufle et
les sabots sont marron ou noirs. Leur robe est le plus souvent rouge - acajou avec une
conformation élevée et une bosse dressée. Les cornes sont très longues, de couleur
blanchâtre, elles se tordent légèrement vers l’arrière. Le dimorphisme est très peu
remarquable. Le tempérament est alerte et sauvage. Pour les bororoobe, les Bodeeji
sont très faciles à conduire au pâturage. Ils obéissent à la seule voix de leur maître. Ils
ne divaguent pas dans les champs sans l’ordre du bouvier. S’il veut aller au marché, le

33


bouvier accroche son bâton à un arbre et les bœufs s’y attroupent. Ils ne quitteront
jamais le lieu jusqu’à son retour. En cas de conflits, s’il fuit tous les animaux le
suivent, contrairement aux autres races.
Par contre ce sont des animaux très exigeants sur le plan nutritionnel. Ils sont très
sélectifs d’ou la nécessité de se déplacer tous les jours à la recherche des pâturages de
bonne qualité.



Photo 1 : Troupeau de race Bodeeji

La race Gudali standard est caractérisée par :
Une conformation massive large, un dos droit et une croupe légèrement surélevée
(Photo 2). La bosse est peu développée mais dressée chez les femelles tandis qu’elle
est très développée et recourbée sur le dos chez les mâles. Le front est large et le
museau bombé ; l’encolure courte et charnue. Les oreilles sont larges et pendantes.
Une robe blanche et grise uniforme ou se mélangeant graduellement. Le mufle et les
sabots sont généralement noirs. Les cornes sont presque inexistantes et insérées dans le
prolongement de la ligne de chignon qui décrit un arc de cercle.

34


Un dimorphisme sexuel est très accentué avec le fanon et le fourreau très développés
et tombant chez le mâle. Ils ont un tempérament très docile.
Les arguments avancés par les éleveurs passionnés de cette race sont : leur aptitude à
résister à la faim et à se reproduire même en période sèche. Par contre se sont des
animaux très difficiles à conduire au pâturage. Ils n’obéissent pas à la voie de leur
conducteur, chaque animal a tendance à prendre sa propre direction. Ce sont des
animaux qui adorent la divagation dans les champs.



Photo 2 : Troupeau de race Gudali

La race Jalliiji
Le zébu Jalliiji est un animal de format moyen (photo 3). Il est pourvu d’une robe
blanche tachetée de rouge vers sa partie antérieure et au niveau de l’extrémité des
membres. Les taches sont de densité variable mais le visage est épargné. La tête est
fine, à profil droit. L’oreille est étroite. La particularité la plus remarquable est le
cornage. Les Jalliiji non métissés ont des cornes mobiles bordant le museau et ont

35


tendance à blesser les yeux de l’animal. Les éleveurs les coupent souvent pour les en
empêcher. Avec le métissage les cornes sont soit courtes et massives soit filiforme et
latérales. Une particularité non moins importante est l’encolure qui est mince et
longue. Le fanon est très peu développé. Les sabots sont blancs et de petite dimension.
Le mufle est fortement pigmenté et tend du froment clair à une teinte presque marron.
La bosse est très développée en forme de haricot et pendante soit vers la gauche soit
vers droite. Elle est moins accentuée chez la femelle.
L’intérêt de cette race pour les éleveurs est sa docilité. Ce sont les animaux de maison
disent- ils mais qui sont confrontés aux problèmes de dermatoses.


Photo 3: Vache de race Jalliiji

La race Keteeji
Le zébu Keteeji est un animal ayant un profil rectiligne, un peu ramassé (photo 4). Il
provient du métissage du White Fulani avec les autres zébus. Il se rapproche de la race
Borgou mais il se distingue particulièrement par sa taille. Il est donc haut sur patte. La
robe, variable va du blanc pur au rouge terne ou combine souvent le blanc et le noir

36


ou le blanc et le rouge. Le cornage est moyennement développé, en lyre ou légèrement
redressé en arrière. Les cornes sont de couleur noire ou blanche à extrémité noire. La
bosse est marquée et dressée chez la femelle tandis qu’elle est recourbée sur le dos
chez le mâle. La tête est petite et concave. Les oreilles sont petites. Les sabots très
dures, noirs sont moins larges et le mufle noir. Le fanon et le fourreau sont peu
développés.
Les Keteeji sont très dociles et faciles à conduire au pâturage. Mais ils ne sont pas de
bons marcheurs, ils ne supportent pas la transhumance.

Photo 4: Vache de race Keteeji







37

Tableau 2: Caractéristiques récapitulatives des 4 races
Race Bodeeji
Gudali
Jalliiji
Keteeji
Conformation Elevée
Massive
et Moyenne Peu
ramassée
large
front Large
Large
et
Fin à profil
Petit et concave
bombé
droit
Encolure Longue Courte
et Mince et
Courte et mince
charnue
longue
Oreilles Larges, Larges et
Etroites Petites
orientées vers pendantes
l’avant
Bosse Dressée
et
Peu
Très
Marquée et
peu
développée
développée,
dressée
développée
pendante où
en forme de
haricot
Fanon Pendant
Développé
et
Très peu
Très peu
tombant
développé,
développé
Cornes Très Inexistantes Mobiles
Moyennement
développées
bordant le
développées en
et recourbées
museau
lyre ou légèrement
vers l’arrière
recourbées en
arrière
Robe Rouge-acajou
Blanche
ou
Blanche
Variable du blanc
tendant vers
tachetée de
au rouge
le gris
rouge vers
l’avant
Comportement Alerte Très docile
Docile
Méfiant
et sauvage
Origine
Niger
Nigeria
Burkina Faso Bénin

38

3-3- - Méthode de collectes des données.
3-3-1- Choix de la zone d’étude.
Le choix de cette zone se justifie par le fait que les bourgoutières constituent un
domaine privilégié pour l’élevage bovin surtout en saison sèche, l’eau étant disponible
dans le fleuve Niger évitant ainsi des déplacements hasardeux et périlleux aux
pasteurs. Depuis l’interdiction stricte de pâturer dans le parc W, la vallée du fleuve
Niger reste et demeure l’unique aire pastorale pour les éleveurs nigériens, burkinabé,
nigérians et béninois pendant la saison sèche. Aujourd’hui, ces mêmes bourgoutières
sont convoitées par les agriculteurs. Pendant la saison pluvieuse les éleveurs se retirent
de la vallée pour la zone tampon (ZT) du parc W qui leur a été concédé par
l’administration forestière. La restriction de cette zone contraint parfois les éleveurs
à pâturer illégalement dans le parc, ce qui les expose à des répressions très sévères de
la part des forestiers en cas d’arrestation. Donc la gestion de ces zones pastorales est
problématique et nécessite des solutions techniques pour son amélioration.

3-3-2- Phase d’investigation en milieu pastoral
La connaissance des modes traditionnels de gestion des terroirs pastoraux est
appréhendée sur la base de la collecte d’informations auprès des éleveurs et acteurs de
gestion des ressources naturelles. La technique d’entretien semi structuré avec des
éleveurs individuellement ou en groupe du même campement a été adoptée. Le guide
d’entretien utilisé est présenté à l’annexe 1.

3-3-3- Choix des sites d’installation des placeaux
Les sites où les placeaux sont installés ont été choisis après une prospection des
pâturages exploités dans la vallée et dans la zone tampon.
Vu la pression pastorale dans la vallée, la charge mensuelle réelle est estimée par des
coupes sans mettre en défens dans trois stations retenues en fonction de l’accessibilité,
la topographie, la position du lit mineur du fleuve et la variabilité fourragère. Ainsi 6
placeaux ont été considérés dans la vallée.
Ensuite nous avons évalué la productivité des pâturages exploités pendant la saison des
pluies par les animaux après leur retrait de la vallée c’est-à-dire la zone tampon. Ce

39

sont des placeaux de 50 m x 50 m mis en défens, installés dans le cadre du programme
biomasse, conduit par le Laboratoire d’ Ecologie Appliquée de la FSA, qui ont servi de
base à notre étude. Au total 6 placeaux sont installés dans différentes formations
végétales suivant la topographie et la pression pastorale.

3-3-4- Récolte périodique de phytomasse
Dans la vallée, 3 coupes ont été réalisées, en août, septembre et octobre. Les récoltes
périodiques de phytomasses ont été faites dans les placeaux sans mis en défens à cause
de la pression pastorale ; ce sont les pousses émergées qui ont été récoltées à partir
d’une pirogue, à l’aide d’un faucard.
Dans la zone tampon, 4 coupes mensuelles ont été réalisées (août, septembre, octobre
et novembre). Les espèces sont coupées à ras le sol au moyen de sécateur de jardinier.
Pour les deux zones, à chaque série de coupe et dans chaque placeau, 7 placettes sont
choisies au hasard. Le nombre 7 a été déterminé selon la méthode des moyennes
progressives (Sinsin, 1993) dans l’hypothèse que :
-la limite supérieure de l’erreur tolérée pour l’estimation de la moyenne (précision des
résultats) est de 10%
-la probabilité que l’estimation soit comprise dans les limites de l’erreur est de 95%.
La biomasse ainsi récoltée est triée et catégorisée entre graminées et autres espèces.
Les poids frais des différentes catégories sont mesurés à l’aide de pesons ; un
échantillon de 150 g de chacune d’elles est mis dans les sachets et pré séché sur le
terrain. Les échantillons pré séchés sont ensuite mis à l’étude à 60° C jusqu’à
l’obtention du poids constant.

3-3-5- Contrôle laitier
Quatre races (Bodeeji, Keteeji, Gudali et Jalliiji) ont été prises en compte. Des
problèmes de contrôle des géniteurs dûs à la cohabitation de ces races ont entraîné des
métissages. Cette situation a rendu difficile le choix des races. Certains paramètres
individuels de reproduction à savoir le rang de lactation, la période de vêlage ont été
recueillis mais l’accent a été mis sur la conduite de l’élevage. Les troupeaux

40


échantillonnés sont élevés dans le système extensif et les vaches contrôlées n’ont subi
aucun traitement particulier.
L’échantillon global est de 4 troupeaux par race et toutes les vaches allaitantes de tous
ces troupeaux ont été contrôlées. Ainsi 45 Gudali,31 Bodeeji,30 Jalliiji et 32 Keteeji
ont fait l’objet du contrôle.Les observations ont été étendues aux vaches ayant mis bas
au cours de l’expérience Il se fait par intervalle de 20 jours pour tous les troupeaux
échantillonnés et ceci pendant quatre mois de juillet à octobre.
Le jour du contrôle le lait de chaque vache est pesé à l’aide d’un peson et d’un sceau
gradué.


Photo 5 : La traite manuelle du lait.
La pratique de la traite est déterminante dans cette estimation. Elle permet de déduire,
selon sa fréquence, son intensité et selon la consommation du veau, la production
totale de la vache.
Dans les troupeaux étudiés, la traite a été faite une seule fois par jour et chaque matin,
quelle que soit la saison. Au total 6 contrôles ont été faits. Elle commence toujours à 6
heures pour permettre de vite libérer les vaches pour le pâturage en saison sèche

41

surtout. Elle est effectuée par les bouviers ou les propriétaires du bétail. Le massage de
la mamelle qui déclenche le réflexe hypophysaire se fait par le veau et dure environ
deux (2 mn) minutes. Dans la pratique, le veau est détaché, court vers sa mère, tête les
trayons et stimule ainsi la descente du lait. Ensuite il est attaché à un membre antérieur
de sa mère (photo 5). La présence du veau à son côté la rassure et stimule davantage la
descente du lait. Ainsi en toute sécurité le trayeur accroupi, une calebasse entre les
cuisses, pratique la traite. Elle se fait toujours par le côté gauche de la vache. Le
trayeur débute généralement avec les trayons d’avant puis ceux en arrière. Dès que les
jets du lait deviennent insignifiant, le veau est relâché pour l’égouttage du lait de sa
mère. Il continue la tétée jusqu’à vider complètement les mamelles. Donc la quantité
du lait trait varie d’un bouvier à un autre, d’une vache à une autre et d’une race à une
autre.

3-3-6- Prise de poids
Elle est faite au niveau de toutes les vaches allaitantes des troupeaux considérés pour
le contrôle laitier pour toutes les races. Leur périmètre thoracique a été mesuré une
première fois en saison sèche (juin) et une deuxième fois en saison pluvieuse
(Septembre). Cette barymétrie permet dévaluer la croissance pondérale des bœufs.

3-4-Methodes de traitement des données
3-4-1- Calcul de la capacité de charge.
La capacité de charge est la quantité de bétail que peut supporter le pâturage sans se
détériorer, le bétail devant rester en bon état d’entretien, voire prendre du poids ou
produire du lait pendant son séjour (Boudet, 1991). Elle est calculée à partir des
phytomasses périodiques et de la ration de l’UBT estimée à 6,25 kg MS / j.
- Journée de pâture d’une UBT = Ki x Quantité de biomasse totale /6,25 kg (MS /UTB
/ j) avec Ki =1/3 pour savane et ½ pour jachères.
-Capacité de charge (CC) en UBT/ha/an est :
CC = nombre de jour de pâture /365
-Capacité de charge (CC) en kg/ha/an est :
CC = nombre de jour de pâture x 250/365

42


3-4-2- Contrôle laitier
La méthode de Fleishman recommandée par Meyer & Denis (1999) est utilisée pour
calculer la quantité de lait trouvée en kg. Pour le calcul de la traite totale et celui de la
traite moyenne journalière, il est admis qu’entre le premier et le deuxième contrôle, la
traite est moyenne. Ainsi la traite entre deux contrôles se présente comme suite :
A + B ×n avec A = traite du premier contrôle, B= traite du deuxième contrôle et
i
2
ni = le nombre de jour séparant les deux traites.
Par conséquent, la traite totale pour une période se présente comme suite :

A + B
B + C
Y + Z
traite =
× n +
× n + ⋅⋅⋅⋅⋅⋅ +
× n
1
2
k
2
2
2
La traite moyenne journalière pour la période considérée se calcule comme suite :

traite

n + n + ..... + n
1
2
k

3-4-3- Prise de poids
Elle est calculée à partir des périmètres thoraciques à l’aide des formules linéaires
établies par Planchenault (1989).
Bovins adultes
-Mâles : P = 4,2 PT – 378,43
-Femelles : P = 2,62 PT – 159,50
PT = périmètre thoracique en cm
P = poids en kg.

3-4-4- Analyse statistique
Les résultats sont traités avec différents logiciels statistiques (Excel,Mini tab,
Statistica).Il a été procédé à la réalisation des tableaux,le calcul des fréquences des
variables étudiées ,des moyennes et écart-types ainsi que l’analyse de variance.



43















Chapitre 4 : Résultats

















44

4- Résultats
4-1- Gestion pastorale
4-1-1-Utilisation de l’espace et des ressources naturelles
La commune de Karimama couvre une superficie de 610.200 ha dont 29.957 ha
cultivés (4,9 %) et 16.963 ha (2,8%) de surface pastorale. Les systèmes de production
dominants sont l’agriculture et l’élevage. Les productions sont de types extensifs et
itinérants tant pour les cultures que pour l’élevage. Les surfaces agricoles et pastorales
s’incrustent les unes dans les autres.
Trois zones pastorales sont identifiées : la plaine inondable de la vallée du Niger, les
hautes terres, la zone tampon. Au niveau de la vallée six poches de pâturages sont
distinguées. Il s’agit des poches de Birni-Lafia, Tondikuaria, Mamassy Peul,
Kompauti, Monsey, Pekinga. Elles couvrent une surperficie totale d’environ 10.000 ha
en considérant que le fleuve Niger longe Karimama sur 111km et sa vallée, une
largeur maximale de 1km. Ce sont des espaces entièrement couverts par les pâturages
aquatiques très appétés par les bovins. Ils se présentent sous forme de végétation
naturelle incrustée de paysage champêtre. Les champs occupent les bordures externes
du lit mineur. Ce sont les zones les moins inondables. Les champs se retrouvent
également sous forme d’îlots dans la vallée sur les zones exondées de la vallée. Ce
sont surtout ces champs appelés « piège » par les éleveurs qui constituent la source
principale d’incompréhension entre éleveurs et agriculteurs.
En effet c’est sur ces zones exondées que les éleveurs installent leur camp de nuit
pendant le Ceedu. Ces gîtes (bile en peul) sont très riches en fumier, ce qui suscite la
convoitise des paysans pour celles-ci. Les champs de bordure empêchent également
l’accès à la vallée aux éleveurs venant des hautes terres.
Quant à la zone située entre la vallée et la zone tampon, il n’y a presque pas d’espace
pastoral. Tout est occupé par les champs. La seule possibilité d’exercer l’activité
pastorale est d’exploiter les terres marginales des montagnes. Elles sont situées le long
de la vallée, de Karimama à Pékinga.
La troisième zone pastorale est la zone tampon. En effet elle a été divisée par
l’administration forestière dans le cadre du projet ECOPAS en trois parties selon un
système de 2/1/2. Donc la première bande de 2 km est occupée par les paysans.

45

Chaque occupant paie 5000 F /ha. La bande du milieu de 1 km est réservée aux
apiculteurs et guérisseurs traditionnels. Ils paient 25 F /jour d’exploitation.
La dernière la plus interne (2 km) est réservée aux éleveurs. Ils paient 1000 F / tête de
bovins par an pour y pâturer. Elle couvre une superficie théorique de 22.200 ha.

4-1-2- Calendrier pastoral
La proximité du fleuve Niger et l’existence du parc national W confèrent un mode de
vie aux éleveurs de Karimama différent des autres éleveurs peuls. Ils combinent
l’utilisation des parcours de la zone tampon et des hautes terres et le pâturage de la
plaine d’inondation du fleuve Niger. Ainsi ils ont leur propre calendrier pastoral
annuel basé sur cinq périodes : dungu, yaawol, dabune, ceedu, setto. Il est difficile à
cause des variations de la pluviométrie de fixer les mois pour ces périodes. A titre
indicatif ce calendrier est présenté dans le tableau 3.
- Pendant dungu, les cultures et les inondations dans la vallée font qu’il est difficile de
trouver les terres de parcours près des villages. Ainsi les éleveurs se retrouvent dans la
zone tampon du parc W. Pour y séjourner il faudra payer 1000f CFA /tête de bœufs.
Pour les petits éleveurs qui n’ont pas beaucoup de bœufs, ils préfèrent exploiter les
pâturages des hautes terres.
- Pendant yaawol, les fourrages atteignent leur maturité et commencent la lignification.
Les mares temporaires et les bowés tarissent. Les éleveurs commencent par longer les
cours d’eau d’Alibori et de Mékrou pour bénéficier de quelques fourrages frais et
d’eau dans ces forêts galeries.
- Dabune est la période correspondante à l’harmattan. Les troupeaux reviennent des
pâturages d’hivernage de la zone tampon et des hautes terres. Ils restent à côté des
zones agricoles. C’est la période des récoltes et les animaux exploitent les résidus des
récoltes. Aussi exploitent-ils les zones de la vallée peu inondées pendant la saison
pluvieuse surtout les ciwalbe (propriétaires des Bodeeji).
- Ceedu est la période la plus difficile et la plus longue pour les éleveurs. La seule
ressource pastorale de la région est la plaine inondable du fleuve Niger. Les zones plus
inondées deviennent peu à peu accessibles. Tout le bétail de la région de Karimama se
rabat sur les bourgoutières. La race bodeeji qui va le plus souvent exploiter les cures

46

salées au Niger (Deebe) fait son retour dans la vallée. Les paysans y envoient aussi les
bœufs de trait. Certains d’entre eux interdisent l’accès de certaines bourgoutières dont
ils revendiquent la propriété. Ils y récoltent le bourgou (E. stagnina) qu’ils revendent
aux éleveurs.
-Seeto, encore appelé « période de délivrance » est le moment le plus attendu par tout
éleveur. C’est la période des premières pluies. (Elle est très déterminante pour la
grande transhumance). Les zones où poussent les bourgou sont à nouveau inondées.
Les animaux se retirent progressivement vers les pâturages des hautes terres. Si les
pluies ne sont pas abondantes, l’option de la grande transhumance s’impose. Le
tableau 3 présente l’exploitation des ressources pastorales en fonction des périodes.








47

Tableau 3 : Calendrier Pastoral
Périodes
Dungu
Yaawol
Dabune
Ceedu
Setto

Juillet - Septembre
Octobre - Novembre Décembre - Janvier Février - Avril
Mai - Juin
Caractéristiques

Saison pluvieuse
Fin des pluies
Harmattan
Saison sèche,
Premières pluies
Saisons
Vallée inondée
Retrait progressif
chaleur intense pas
des eaux de la vallée d’eau dans la vallée
Exploitation
Pâturage des hautes Forêts galeries,
Résidu des récoltes, Pâturage de la vallée Retrait de la vallée
Fourragère
terres et zone
hautes herbes
et quelques endroits
pour les jachères
tampon
de la vallée
Mouvement des
Les éleveurs
Grande famille reste Même scénario que Famille et les
Retour au village ou
éleveurs
rejoignent le
à rumirde et les
yaawol
animaux restent dans à rumirde
(rumirde), camp
bouviers partent
la vallée
d’hivernage
avec
les animaux


48

4-1-3- Mode de conduite des troupeaux
4-1-3-1- Mode de conduite sédentaire
Il s’adresse surtout aux petits ruminants, les bœufs de trait et les vaches laitières
gardées par les peuls (curi en peul) pour l’alimentation du reste de la famille après le
départ du gros troupeau en transhumance. Ce mode d’élevage s’observe au niveau de
tous les villages, de Kargui à Pékinga. Il est pratiqué par toutes les ethnies et
catégories socio professionnelles et n’est plus l’apanage des peuls seuls. Malgré cette
mutation, les 80% des troupeaux sont confiés aux bouviers peuls. Les paysans
rassemblent les bœufs de traits et quelques vaches de chaque famille en petits
troupeaux de 20 à 45 têtes qu’ils confient à un bouvier peul moyennant rémunération.
Ces animaux sont conduits dans les terroirs villageois et dans la vallée toute l’année.
Pour les autres ce sont leurs enfants qui surveillent les animaux de trait au pâturage. Le
plus souvent les bœufs de trait sont attachés aux piquets dans les bourgoutières et sont
déplacés de temps en temps pendant toute la journée.
Pour les noyaux bovins laitiers (curi) et les bœufs de traits des agro éleveurs peuls, ils
sont gardés par leurs enfants. D’une façon générale, ils sont conduits dans les poches
de pâturages naturels des jachères et dans la vallée. Les vaches taries rejoignent les
gros troupeaux (hooreeji en peul) en transhumance afin d’éviter les conflits liés aux
dégâts qu’elles occasionnent dans les champs du fait de l’étroitesse de ces poches de
pâturages. En saison sèche à partir de mars jusqu’en juin les ressources fourragères sur
les parcours sont rares. Les animaux reçoivent des suppléments alimentaires constitués
des résidus de récoltes, de paille et bottes de bourgou stockées qu’ils achètent chez les
paysans. En effet depuis les inondations de 2003 qu’a connu la vallée du fleuve Niger,
les cultures ont été emportées et détruites par les eaux de crue. Ainsi cette année les
paysans sinistrés se sont appropriés des bourgoutières dont ils coupent les bourgou et
revendent aux éleveurs peuls. En cas de divagation de leurs animaux dans ces
bourgoutières, ils sont amendés par les paysans qui exigent 25.000 F à 200.000 F CFA
selon la taille du cheptel. Pour ces paysans dendis, cette mesure découragerait à coup
sûr les éleveurs peuls qui finiront par quitter la vallée. C’est la seule manière pour eux
de prendre le contrôle de cette vallée. Il y a donc concurrence pour l’exploitation des
ressources de la vallée entre pasteurs peuls et les paysans dendis.

49

Quant aux caprins, ce sont des animaux exclusivement domestiques et très nombreux
dans le milieu. Ils constituent la source principale de revenu pour la plupart des
familles surtout lors du départ des animaux en transhumance.

4-1-3-2- Mode de conduite transhumant.
Il est pratiqué exclusivement par les Peuls. On distingue selon l’amplitude des
déplacements la petite transhumance et la grande transhumance.
La petite ou semi-transhumance se traduit par des déplacements de faible amplitude en
dehors du territoire d’attache à la recherche de pâturages d’hivernage. Elle est
beaucoup pratiquée par les bettinkoobe et les bargube qui sont des agro éleveurs.
Après leur retrait de la vallée ou de retour de la grande transhumance, ils occupent les
zones agricoles à côté des villages d’une part. D’autre part, ils vont s’installer dans la
première bande agricole de la zone tampon. Ils parquent les animaux dans les champs
en préparation. Ce système constitue une bonne source de fumier car les animaux sont
déplacés sur tout l’espace qu’occuperont les champs de la famille.
Une fois les cultures installées, pour éviter la divagation des animaux dans les champs,
le premier groupe des éleveurs déplace les animaux sur les montagnes. Les seules
ressources pastorales disponibles en zone agricole pendant l’hivernage sont les
pâturages de ces montagnes. La faible productivité de ces pâturages oblige parfois
certains à rejoindre le second groupe dans la zone tampon.
Les éleveurs qui étaient aussi dans la première bande rejoignent la troisième qui leur
est réservée pour passer toute la période de dungu.
La grande transhumance s’effectue sur de très longues distances. Mais cette fois-ci
toutes les races d’animaux sont concernées. Elle commence après l’épuisement des
fourrages de toute la vallée du Niger. Le tableau 4 présente le choix des catégories
d’éleveurs pour la transhumance.






50

Tableau 4: Décision de transhumance par catégorie d’éleveurs
Transhumance
Catégorie
Oui Non Nombre
d’éleveurs
Ciwalbe
17 28 45
Bettinkoobe
39 12 51
Bororoobe 43
0
43
Bargube 54
4
58
Total 153(77,66%)
44
(22,33%)
197

L’analyse de ce tableau révèle que plus de 78 % des éleveurs quittent les plaines
inondables pour l’intérieur du pays. Le groupe restant 22 % y séjourne jusqu’au retour
des pluies. Les races d’animaux les plus concernées sont les Gudali puis les Jalliji.
L'évaporation de l’eau résiduelle dans la vallée facilite la repousse permanente du
bourgou. Ces repousses entretiennent ces animaux restés dans la vallée.
L’intensité pastorale dans la vallée détermine le départ pour la transhumance. Ainsi les
bodeeji, race qui subit plus le stress alimentaire annoncent les couleurs. Leurs
propriétaires (Bororoobe) quittent la zone à la recherche des pâturages de bonne
qualité. Elle est suivie de la race Keteeji qui sont plus sensibles à la soif et ne supporte
pas de longues marches. Les deux autres races (Jalliiji et Gudali) viennent en dernière
position car elles dépassent rarement le 11ème parallèle de la latitude nord (hauteur de
Kandi).
La date du départ et la destination de la transhumance sont sous la discrétion de
l’autorité pastorale : le garso. C’est un éleveur reconnu par la communauté pour son
expérience et son savoir en matière de ressources pastorales et de conduite de
troupeaux. C’est un grand pastoraliste de par ses qualités de modérateur et de
sociabilité. Il sait interpréter la direction du vent, la présence aviaire et de la faune des
différentes formations pâturées. Tous ces éléments lui permettent de prédire l’avenir et
de retrouver les bœufs égarés pour les remettre à leurs propriétaires. « Il est ce qu’est
le salatigui des anciennes sociétés pastorales peul au temps d’Elhadj Omar » a declaré
un vieux pasteur de Illa.

51


Les grands itinéraires de la transhumance sont :
L’axe de la vallée.
Il s’agit des animaux qui quittent Pékinga et longent la vallée jusqu’à Kargui. Ce sont
souvent les éleveurs indécis sur leur départ pour la transhumance. Ils parcourent
d’abord toute la plaine inondable pour savoir s’il y a possibilité d’y rester ou prolonger
leur séjour. Dans le cas contraire, ils rejoignent les autres éleveurs par les axes
traditionnels : Il s’agit de
L’axe Alibori.
Les éleveurs qui quittent Birni lafia, Tondikuaria, Kargui longent le fleuve Alibori
jusqu’à Kangara. Ceux de Mamassy peul, Toura, Kompati et Kompa passent par
Gorouberi ou Gorou Kambou et passent toujours par Kangara. Les cours d’eau sont
très stratégiques lors de ces déplacements. Non seulement ils facilitent l’abreuvement
des bêtes mais possèdent une certaine potentialité fourragère. C’est donc à partir de
Kangara que s’organisent les départs vers les régions les plus arrosées ou disposant
plus de résidus agricoles. Ainsi ils longent la zone tampon du côté Est en passant par
Boiffo puis la zone cynégétique de la Djona. Ils se divisent en deux grands groupes. Le
premier est composé des éleveurs qui restent dans le Sud de l’Alibori et le Nord
Borgou. Ils longent le fleuve Alibori où occupent les forêts classées. Les Bodeeji et
les Gudali sont beaucoup plus concernées par ce déplacement. Les Bodeeji, de par leur
caractère sélectif et leur tempérament sauvage ne supportent pas la présence humaine.
Par conséquent leurs propriétaires les conduisent dans la zone cynégétique de la
Djona, dans les forêts classées de Goungoun et des trois rivières. Les Gudali moins
sélectifs du point de vue alimentaire et plus docile restent dans cette zone et broutent
tout ce qu’ils trouvent en attendant les premières pluies
Le second groupe est constitué des éleveurs qui continuent le déplacement vers le Sud
Borgou, le Zou ou le Togo. Ce sont les Keteeji trypanotolérants qui constituent la
majeure partie du bétail qui effectue ce déplacement.




52


L’axe Mékrou
Ce sont les éleveurs qui quittent Monsey et Pékinga qui longent le fleuve Mékrou. Ces
derniers doivent forcément traverser le parc national W afin de rejoindre Banikoara.
Ensuite ils continuent leur périple en destination de la grande zone pastorale de
l’Atacora (Kérou, Wassa Pehunco, Kouandé). Ce sont les Jalliiji qui empruntent
beaucoup plus cet axe.
La particularité de l’élevage bovin dans la vallée du Niger est la mobilité des
animaux. Ils ne sont ni attachés aux piquets la nuit ni mis en enclos. Ainsi la conduite
au pâturage se fait nuit et jour pendant toutes les saisons. Donc il y a très peu de repos
pour les bouviers qui déjà très tôt a sept heures partent au pâturage. Ils reviennent
généralement entre dix huit (18 h) heures et dix neuf (19h) heures. A partir de zéro
heure déjà les animaux commencent à partir de nouveau pour la pâture nocturne. Ils ne
reviendront qu’après cinq heures (5 h). Lors de la transhumance, ils sont obligés de ne
pas dormir la nuit pour empêcher les animaux de divaguer dans les champs.

4-2- Productivité et capacité de charge des pâturages.
4-2-1- Productivité des pâturages
Elle a été estimée dans la zone tampon et dans la vallée.
Le tableau suivant montre la productivité des pâturages dans les deux zones pastorales.

Tableau 5: Productivité des pâturages dans les deux zones pastorales.

Mois Août Septembre
Octobre
Novembre
Zones
Productivité Zone
1,013 ± 0,85 3,33 ± 2,20 5,95 ± 4,69 7,61 ± 6,32
(t MS/ha)
tampon
Vallée 6,935 ± 2,29 10,395 ± 3,55 15,9 ± 3,105

Ce tableau révèle que la productivité varie de 1,013 ± 0,85 t MS/ha au début du mois
d’Août à 7,61 ± 6,32 t MS/ha au début de Novembre dans la zone tampon. Par contre
dans la vallée, les phytomasses maximale (15,9 ± 3,105 t MS/ha) et minimale (6,935

53

± 2,29 t MS/ha) sont obtenues respectivement en Octobre et Août. Donc, les plus
fortes productivités sont obtenues dans la vallée et les plus faibles, dans la zone
tampon.

4-2-2- Capacité de charge et demande en terre équivalente
Le tableau 6 montre la capacité de charge et la demande en terre équivalente par mois
dans les deux zones pastorales.
Tableau 6 : Capacité de charge et la demande en terre équivalente par mois dans les
différentes zones.

Mois Août Septembre
Octobre
Novembre
Zones

Zone tampon
0,148 ± 0,123 0,49 ± 0,32 0,87 ± 0,68
1,11 ± 1,07
Capacité de

charge
Vallée 1,015 ± 0,335 1,515 ± 0,519 2,325 ± 0,455
(UBT/ha/an)





Demande
Zone
tampon
6,76 2,04 1,15 0,9
équivalente en

terre
Vallée 0,99 0,67 0,43
(ha/UBT/an)

La capacité de charge varie de 0,148 ± 0,123 UBT/ha/an à 1,11 ± 1,07UBT/ha/an
respectivement pour le mois d’août et novembre dans la ZP. Quant à la demande en
terre équivalente, elle varie en sens inversement proportionnel à la capacité de charge.
La plus grande (6,76 ha/UBT/an) a été obtenue en août et la plus faible (0,9
ha/UBT/an) en novembre.
Elle est de 2,325 ± 0,455 UBT/ha/an et 1,015 ± 0,335 UBT/ha/an respectivement en
août et octobre dans la vallée. Ce qui correspond à une demande en terre équivalente
de 0,99ha/ha/UBT/an et 0,43 ha/UBT/an.



54

4-3- Production laitière
4-3-1- Production laitière des différentes races
Les quantités moyennes de lait trait chaque jour par race sont données dans le tableau
suivant.
Tableau 7 : Production laitière journalière des différentes races (kg)

Race Moyenne
Erreur standard Coeff. de

journalière (kg)
variation

Bodeeji 1,68
0,08
26,80%


Jaliiji 1,53 0,06 23,30%

Gudali 2,01 0,08 15,97%

Keteeji 1,26
0,05
24,52%


La production laitière varie selon la race et la période de l’année. Elle va de 1,26 kg.j-1
à 2,01 kg.j-1. Le pic de production journalière de lait le plus élevé (2,014 ± 0,08 kg)
est obtenu chez la race Gudali avec une variation de 15,97%. La production la plus
faible a été observée au niveau de la race Keteeji (1,26±0,05kg) avec une variation de
24,52%.
L’analyse de variance montre une différence très hautement significative au seuil de 1
% entre la production laitière des quatre races.
La production laitière varie aussi d’une saison à une autre au sein de chaque race.
La figure n°3 montre l’évolution de la production laitière moyenne par contrôle pour
les 4 races.








55



3,00
2,50

2,00
Keteeji
oyenne (kg/j)
m
Jalliiji
1,50
Bodeeji
Gudali
Production laitière
1,00
0,50
0,00
10-juil
30-juil
19 août
08-sept
28-sept
18-oct
Contrôle

Figure 3 : Evolution de la production laitière moyenne par contrôle pour les 4 races

Il ressort de cette figure, des différences entre races quant à l’évolution de la
production du lait pendant les quatre mois de contrôle. Elle a la forme d’une courbe de
lactation.
Les Gudali et les Bodeeji ont montré une évolution progressive de la production suivie
d’une diminution à partir du quatrième contrôle. La chute de production à partir du
niveau maximal a été plus brutale chez les dernières que chez les premières.
Chez les Jalliiji l’évolution est progressive jusqu’à la fin de contrôle. En revanche pour
les keteeji l’évolution est bimodale avec des pics de production différents. Le second
pic a été plus ponctué et a été atteint au cinquième contrôle.
En effet l’évolution bimodale de la production laitière chez les Keteeji serait liée aux
modes de conduite de l’élevage. Leurs propriétaires sont des agro-eleveurs qui
utilisent les déjections du bétail comme fumier dans leurs champs. Pour cela ils restent
à coté des zones de culture et utilisent les pâturages des montagnes qui ont une faible

56

productivité. C’est ce qui explique la première chute de la production du lait. Après les
travaux champêtres, ils rejoignent la ZToù les pâturages sont encore plus abondants.
Cela correspond au second pic de production le plus accentué.
Pour les bororoobe et les ciwalbe, qui possèdent les Bodeeji et les Gudali, ils font
exclusivement l’élevage. Ils sont en permanence à la recherche des pâturages de bonne
qualité. C’est pourquoi leurs vaches atteignent leur pic de production avant les autres.
Le large spectre de vêlage chez les Jalliiji expliquerait l’évolution progressive de la
production. En effet les veaux ne sont pas au même stade de croissance. C’est ainsi
que leur production correspond à une phase ou les vaches utilisent les réserves
corporelles accumulées durant le tarissement.


4-3-2 – Périodes de vêlage des vaches
Les différentes périodes considérées sont celles du calendrier pastoral : Setto, dungu,
dabune, yaawol, ceedu. Il est nécessaire de connaître les périodes de vêlage et leur
influence sur la production laitière avant d’entreprendre toute organisation de la filière
lait. Elle permet également de connaître les périodes de saillie.
Les différentes périodes de vêlage des quatre races sont illustrées par les figures
suivantes.
6,45
ce
24,14
24,14
ce
16,13
35,48
dab
dab
du
du
6,9
set
16,13
set
10,34
yaw
25,81
yaw
34,48

Figure 4 : Fréquence de la période de vêlage Figure 5 : Fréquence de la période de
chez la race Keteeji vêlage chez la race Bodeeji


57

3,33
13,33
6,67
ce
ce
dab
dab
set
26,67
40
53,33
set
56,67
yaw


Figure 6 : Fréquence de la période de vêlage Figure 7 : Fréquence de la période de
chez la race Jalliiji vêlage chez la race Gudali

Légende : Ce=Ceedu ;dab=dabune ;set=setto ; ya=yaawol
Ainsi dabune est la période favorable à la mise bas chez les bodeeji avec 34,48% de
vêlage. La période non favorable est setto (6,9% de vêlage). Pendant ceedu 35,48%
des Keteeji et 53,33% des Gudali mettent bas. Yaawol est la période non favorable
pour les deux races. Setto est la période pendant laquelle on enregistre plus de vêlage
chez les Jalliiji. La fréquence de vêlage pendant cette période est de 56,67% contre
33% pendant Yaawol qui est la période non favorable.
Il n’y a donc aucune différence significative entre la période de vêlage et la production
laitière des vaches au niveau de toutes les races. La période de vêlage n’a donc pas eu
d’effet sur la production laitière des vaches

4-3-3- Valeur culturelle du lait en milieu pastoral
Le lait a une valeur religieuse en milieu pastoral. Chez les peuls de la vallée du delta
du Niger, le lait est sacré. « C’est un aliment quotidiennement renouvelé, le cadeau
merveilleux de la vache à l’homme, inexplicable parce qu’il s’élabore au delà de
l’entendement de l’homme. Ouvrez les tétines d’une vache abattue, vous n’y trouverez

58

pas une seule goutte de lait. Mais chaque matin et chaque soir, les calebasses
s’emplissent d’un parfum d’aventure » disent- ils.
Ils le boivent d’abord frais tout juste après la traite. Mais dès qu’il quitte le parc, il
devient propriété exclusive de la femme à qui revient le choix de sa destination :
autoconsommation, vente et / ou troc. Mais il faut noter que dans la zone d’étude plus
de 89% du lait trait est auto consommé. Le reste est partagé entre la vente et le don.
Chez les ciwable, les femmes ne vendent pas du lait. C’est un référant identitaire vis à
vis de ces femmes et de leurs maris. C’est une source de prestige de ne pas mettre les
calebasses de lait sur la tête et de parcourir des distances importantes pour le vendre.
Par contre chez les Bettinkoobe, bargube l’importance de la spéculation laitière
confère à leurs femmes une place de choix dans le développement de l’économie
pastorale. Celles-ci parcourent jusqu’à 9 km à pied pour porter leur lait jusqu’au
marché où elles le distribuent auprès des clients plus ou moins fidélisés. Parfois elles
le vendent de porte en porte aux consommateurs abonnés. Mais cela n’est pas possible
aujourd’hui à Karimama centre et Kompa à cause des tensions sociales qui existent
entre Peuls et agriculteurs dendi de ces localités.
En outre lors des mouvements de transhumance, ces femmes jouent un rôle
prépondérant dans la survie des ménages. Grâce au troc de lait dont elles sont
organisatrices, elles assurent l’approvisionnement permanent des ménages en vivres et
épices. Elles permettent ainsi à leurs familles de constituer les dots, de limiter au strict
minimum la vente des animaux et de maximiser la productivité de leurs effectifs.
Chez les Bororoobe, leurs femmes s’intéressent beaucoup plus au beurre qu’elles
vendent au marché.
Dans toute la vallée, la transformation du lait en fromage n’est pas connue. Par
coutume les femmes ne font pas bouillir le lait dans le milieu. Le lait est généralement
caillé. Selon ces dernières, le goût sera différent si on le bout et on obtiendrait moins
de beurre. Une autre croyance plus répandue fait état de ce que la cuisson du lait
provoquerait les mammites chez les vaches dont le lait est extrait. Cette situation ne
favorise pas l’émergence de la filière lait car il est un hautement périssable. Elle est
certainement la cause de plusieurs maladies rencontrées chez les éleveurs plus
particulièrement la tuberculose

59

4-4- Evolution des poids vifs des vaches
Les poids moyens des vaches des quatre races par périodes (saison sèche, saison
pluvieuse) ainsi que leurs variations sont illustrés par le tableau 8.

Tableau 8 : Poids moyens des vaches des quatre races par période
Race Gudali
Jalliiji Bodeeji Keteeji
Poids(kg) Poids moyen Poids moyen
Poids moyen
Poids moyen





Saison
Sèche 261,09
±22,02 259,44± 27,46
263,11± 23,12
251,58 ±18,34




Pluvieuse 278,89± 20,10 272,42± 25,28
294,48± 20,69
275,16 ±22,45




Variation 17,80± 7,26
12,99 ±12,32 31,37
±7,78 23,58
±17,73

Le tableau montre que les poids vifs des animaux ont varié de juin à septembre 2004
en fonction des races.
Ainsi les Gudali ont eu un poids moyen de 261,09 ± 22,02 kg en saison sèche contre
278,89 ± 30,10 kg en hivernage. Les poids varient de 272,42 ± 25,28 kg à 259,44
± 27,46 kg respectivement en saison pluvieuse et sèche chez les Jalliiji.
Les Bodeeji et Keteeji ont eu respectivement 294,48 ± 20,69 kg et 275,16 ± 22,45
kg en hivernage puis 263,11 ± 23,12 kg et 251,88 ± 18,34 kg en période sèche.
Le gain de poids le plus élevé est observé chez les Bodeeji (31,37 kg) et le plus faible
chez les Jalliiji (12,32 kg). Les premières ont eu gain moyen quotidien (GMQ) de 345g
contre 135 g pour les dernières.
Les gains de poids observés chez toutes les races sont hautement significatifs au seuil
de 1% (P = 0,000).
La variation du poids par race est illustrée par la figure 8

60


35
30
25
kg)
20
15
10


Variation (
5
0 Gudali Jaliiji Bodeeji Keteeji
Races

Figure 8: Variation du poids selon les races

Cette figure montre que la variation la plus grande est observée au niveau de la race
Bodeeji (31,37 kg) et la plus petite se situe au niveau de la race jaliiji (12,99 kg).



















61















Chapitre 5 : Discussion


















62

5-Discussion
5-1- Gestion pastorale
5-1-1-Analyse de la gestion du terroir
Les suivis au pâturage des troupeaux bovins dans les différentes zones pastorales et les
différentes enquêtes sociologiques ont permis de mieux cerner les contours de la
gestion du terroir ainsi que la perception de l’élevage par les pasteurs peuls.
La société pastorale peul se distingue des autres groupes ethniques de la vallée du
Niger par sa mentalité et son mode de vie imprégnés de cette activité bien particulière
qu’est la transhumance. En effet, en 1959, Stenning définissait la transhumance
comme « un mouvement régulier de bovins, en direction du Sud pendant la saison
sèche pour répondre aux manques de pâture et d’eau sur leur terroir d’attache ».
Actuellement, cette stratégie de déplacement adaptée aux variations climatiques
saisonnières est toujours d’actualité dans les zones soudano sahéliennes. Il est donc
nécessaire de bien connaître la philosophie cachée derrière ce mode d’élevage avant
d’entreprendre une amélioration du dit système.
En effet l’élevage traditionnel est encore un élevage de vie et de concordance avec la
nature (Ly, 2002). Il ne se pratique pas dans la logique de l’extraction et de
l’épuisement des sols, des plantes, des animaux. Pour les pasteurs peuls, l’élevage est
éthique, l’animal est un partenaire de vie. Ils le respectent comme un être sensible et
disposant d’une âme comme eux. Selon Tamou (2002), c’est un élevage écologique en
ce sens que le déplacement des éleveurs permet d’adapter les charges au couvert
végétal et de protéger le sol et les ressources de leur territoire de départ. Donc la
mobilité pastorale démontre la nécessité constante pour les pasteurs de compenser
l’alternance de périodes de bonne et mauvaise productivité des pâturages, en tirant
partie de l’hétérogénéité des ressources plutôt qu’en misant sur leur stabilité ou
uniformité. C’est aussi un élevage de prestige (Ly, 2002). Les éleveurs entretiennent
des dialogues romancés avec les animaux dans un paysage naturel et parfois avec un
silence grandiose. Les Ciwalbe et les Bororoobe perçoivent l’animal comme une
créature de Dieu et doté à ce titre d’un caractère et d’une fonction spécifique qu’il
communique par son symbolisme. En consacrant leur vie à connaître et à comprendre

63

l’animal, celui-ci remplit dans les cultures des pasteurs peuls, la fonction d’une
véritable pierre philosophique.
Mais aujourd’hui cet élevage est sérieusement et durement menacé par divers facteurs
parmi lesquels la réduction des ressources naturelles indispensables, la question
foncière non résolue et les hostilités interethniques qui sont les plus problématiques.
En effet les sécheresses des années 1947, 1970 et 1983 (fig. 2) ont provoqué la
dégradation des bourgoutières, (Beintema, 2000) zone pastorale par excellence (Faye,
2002). La baisse des isohyètes doublée du raccourcissement des périodes végétatives
ont contribué aussi à leur dégradation. Ceci a bouleversé complètement le calendrier
agricole et par conséquent celui pastoral. La vallée du fleuve Niger au niveau de
Karimama autre fois inondée ne l’est plus. Les agriculteurs étendent les cultures dans
cette vallée, déclarée exclusivement zone pastorale depuis la période coloniale (Van
Driel, 2002). De nos jours il y a remontée du front des cultures jusqu’aux 2/3 de la
plaine inondable. Mais cette avancée colonisatrice de la vallée par les agriculteurs se
fait de façon dispersée. Ils occupent souvent les zones exondées pour éviter les
inondations de leurs champs lors des crues. Ce sont également les endroits de
prédilection des éleveurs. Les parcs installés sur ces endroits ne font pas de la boue,
détestée par le bétail. La boue a un effet dépressif sur le troupeau car elle constitue un
vecteur de transmission des maladies. Aussi faut-il noter que l’abondance du fumier
sur ces gîtes de bétail suscite la convoitise des agriculteurs. Ainsi les parcours sont
taillés en pièces obstruant ainsi les couloirs de passage des troupeaux de bétail. Il y a
donc concurrence au sein des groupes et entre les groupes socioprofessionnels pour le
contrôle de l’espace dans la vallée.
Cette emprise agricole dans la plaine a conduit à un surpâturage du reste des
bourgoutières. Actuellement il y a très peu de pieds de fourrages sur les jachères de la
vallée. En effet les pâturages à Echinochloa stagnina et Vetiveria nigritana qui sont les
principaux de la vallée sont des graminées vivaces. Lors des défrichements, leurs
plateaux de tallage sont complètement détruits, ce qui provoque graduellement leur
disparition. A cela s’ajoute une autre menace : celle de la prolifération inquiétante du
coton dans la vallée non seulement à cause de son caractère conquérant mais aussi et
surtout à cause de son caractère polluant. Les éleveurs se plaignent des odeurs des

64

eaux souillées par les herbicides et insecticides des mares temporaires qui empêchent
leurs animaux de s’abreuver correctement. Cette situation interpelle les autorités
communales quand on sait que cette vallée occupe 30.000 ha du côté béninois et que
ces eaux sont consommées par la population et le bétail.
La dégradation des bourgoutières liée à l’extension des cultures et à un partage inégal
de l’espace foncier a conduit à un surpâturage des espaces herbagers restants. C’est
ainsi qu’ils sont contraints d’exploiter les pâturages des montagnes lors de la montée
des eaux dans la plaine inondable. Ce sont des pâturages pauvres quantitativement et
qualitativement (Delgado et al., 1999). On observe des ceintures de cultures autour des
montagnes. Ceci empêche le bétail des éleveurs de descendre vers les mares
temporaires ou les cours d’eau.
La prise de contrôle de l’espace par les agriculteurs s’observe également dans la zone
tampon. Le système de ″ 2 / 1 / 2 ″ n’est pas du tout respecté. Les forestiers délivrent
les quittances à tous les demandeurs (éleveurs et agriculteurs) mais ne s’occupent pas
de leur installation. Ce qui entraîne une occupation anarchique du domaine. Les
agriculteurs à la recherche des terres fertiles repoussent les éleveurs jusqu’au delà de la
zone tampon. Ils occupent leurs anciennes gîtes riches en déjection de bétail. Ainsi les
éleveurs se retrouvent dans le parc où les animaux sont régulièrement abattus par les
forestiers conformément aux textes du CENAGREF.
Les éleveurs se plaignent de cet état de chose et fustigent le refus des forestiers de
limiter la zone tampon (surtout de Illa à Pékinga). En effet, il n’y a pas une ligne de
démarcation entre le parc et la ZT. Donc les éleveurs ne connaissent pas exactement la
zone qui leur est réservée.
Les résultats de plusieurs études sont concordants sur la prise de contrôle de l’espace
par les agriculteurs au détriment des éleveurs. Ces derniers n’ont de terres que ce que
les agriculteurs ne leur ont pas encore arrachées (Sinsin, 1995 ; Sogbohossou, 2000 ;
Sounkere, 2003).





65

5-1-2-Impact de la gestion du terroir sur le pastoralisme
Les relations entre agriculteurs et éleveurs tendent vers une situation conflictuelle. On
remarque une faible synergie entre agriculture et élevage. Les deux activités au lieu
d’être complémentaires sont concurrentielles et par conséquent on remarque une faible
synergie entre elles. Les problèmes de divagation des troupeaux dans les champs et les
heurts sont très fréquents (Bourbouze, 2002 ; Sounkere, 2003). Les tensions entre les
deux acteurs principaux de la production deviennent de plus en plus perceptibles. Elles
conduisent chaque année à un tumulte social aboutissant à des affrontements sanglants
et meurtriers. Tamou (2002) a fait cas du conflit ayant opposé les agriculteurs dendi de
Karimama et les éleveurs peuls de Mamassy en 2002 qui s’est soldé par trois morts.
Un autre affrontement a opposé cette année les éleveurs Peul de Illa et les agriculteurs
de Kompa
En effet le samedi, 03 Juillet 2004, des éleveurs Nigériens en transhumance, ont trouvé
des agriculteurs de Kompa qui leur ont demandé le ″pacage ″ c’est à dire le paiement
d’une somme pour leur animaux ; les éleveurs ont refusé. Ils ont alors agressé l’un des
éleveurs qui a poignardé un agriculteur ; ce dernier est décédé à la suite de ses
blessures. Les agriculteurs se sont alors organisés pour arrêter trois éleveurs. Ces
agriculteurs ont conduit les animaux chez le Rougga de Illa qui les garda jusqu’au
lendemain. Les agriculteurs lui expliquent alors que le conflit n’est pas entre
agriculteurs de Kompa et éleveurs de Illa.
Cependant à leur grande surprise les éleveurs de Illa ont aperçu du feu dans leurs
greniers. Se rendant sur les lieux, le maire et le chef de brigade de Karimama les y ont
rejoints avec trois (3) agriculteurs. Les autorités ont pu alors maîtriser la situation.
Entre temps les éleveurs se sont réunis chez le ″Rougga ″ le même jour c’est à dire le
Dimanche 04 Juillet 2004, vers 12 h. Les agriculteurs étaient venus à Illa avec leurs
armes. Ils ont trouvé les éleveurs réunis et ils sont retournés vers le fleuve. Au bord du
fleuve les agriculteurs ont tué trois (3) personnes mais un seul corps a été retrouvé en
plus d’un enfant gravement blessé au ventre qui n’a pas été conduit aux soins. Au total
114 greniers et 6 cases ont été brûlés par les habitants de Kompa.
Ces affrontements créent des hostilités interethniques et ont pour conséquences : vols
de bétail, délits de pâturage (Tamou, 2002), empiètement sur pistes de transhumance

66

(Convers, 2002), régressions des relations contractuelles (de Haan, 1997). Cette
situation conflictuelle est entretenue par la mise en doute de la légitimité du
pastoralisme. C’est ce qui a fait exaspérer Bourbouze (2002) avec beaucoup d’autres
du fait que le pâturage ne soit pas reconnu comme un mode de mise en valeur ; qu’un
agriculteur semble plus légitime qu’un éleveur pour revendiquer le foncier. Pour Faye
(1999), la transhumance est à la dérive et condamnée à terme. Pour ce dernier, tabler
sur la pérennité de l’élevage transhumant, c’est faire l’hypothèse que les pays
concernés ne connaîtront pas le minimum de développement qui permette à leur
citoyens de jouir du minimum de biens et de services dont disposent depuis longtemps
les pays développés. C’est ce qui explique l’indignation du Directeur du projet
National d’Elevage au Nigeria cité par Bayer et Waters-Bayer (1999) : au Nigeria
nous avons les pâturages d’hivernage et ceux de saison sèche, et on appelle cela «
nomadisme » et « arriéré ». Aux Etats-Unis, les éleveurs ont les pâturages d’été et
ceux d’hiver et on appelle cela « gestion des parcours » et « progressif ».
Cet état conflictuel entre agriculteurs et éleveurs est lié aux systèmes de production
actuelle. Pour Bayer et Waters-Bayer (1999), des conflits naissent lorsqu’au moins
deux groupes d’utilisateurs sont intéressés par les mêmes ressources. Dans la vallée du
Niger, c’est l’utilisation des bourgoutières qui constituent le point d’achoppement
entre les transhumants peuls et les agriculteurs. Ces derniers conservent sur pied les
fourrages d’Echinochloa stagnina pour leurs bœufs de trait. Ils les fauchent également
et les mettent en bottes pour la fenaison qu’ils revendent en saison sèche aux
transhumants. Cette emprise illégale des bourgoutières par des agriculteurs se fait au
mépris des conventions coloniales qui les attribuaient aux éleveurs peuls.
Par ailleurs le mode de règlement des conflits favorise leur pérennisation. En effet il a
été mis sur pied des comités de transhumance dans toutes les communes. Il est
constitué des représentants de la mairie, de la gendarmerie, du CARDER, de l’UCP et
de l’association des éleveurs. Mais force est de constater qu’il y a un
disfonctionnement total de ce comité à Karimama. En cas de divagation du bétail dans
les champs, l’éleveur fautif est conduit le plus souvent auprès du chef de village qui
l’oblige à dédommager l’agriculteur. Ce dernier exige généralement une somme
colossale qui n’est pas la contre partie du dommage causé.

67

Par contre lorsque les agriculteurs abattent les bœufs des éleveurs, ces derniers ne sont
pas dédommagés. Donc ce problème de marginalisation des éleveurs est épineux et
mine toute tentative de développement et de règlement des conflits. Les éleveurs
transhumants qui ne bénéficient d’aucune protection de la part des autorités étatiques
sont toujours sur la défensive. C’est ce qui explique leur caractère agressif vis à vis des
agriculteurs.
Les systèmes agricoles conquérants après avoir évacués le pastoral et l’animal sont
submergés par la sédentarisation. En effet selon Faye (2001) les sécheresses des
décennies 70 et 80 ont représenté des facteurs accélérant ce processus engagé depuis la
période coloniale pour des raisons politiques (contrôle des populations notamment) et
techniques (pastoralisme considéré comme une pratique rétrograde). Les pouvoirs
politiques issus des indépendances n’ont en rien inversé cette tendance (Van Driel,
2001). Bien au contraire, la volonté de contrôler des populations caractérisées par leur
mobilité, doublée du souci de maîtriser les flux de bétail pour des raisons
économiques ne facilite pas le maintien d’une culture pastorale. Aussi remarque-t-on
une faible volonté politique dans la gestion/ régulation des problèmes liés à l’élevage.
Par ailleurs, la mise en valeur de certaines régions traditionnellement vouées à
l’élevage (surtout la vallée de Malanville pour la culture du riz et d’oignon) s’est faite
au détriment des populations pastorales peuls qui, confinées aux zones les moins
favorisées, sont contraintes à des sédentarisations partielles ou totales. 73% des
éleveurs enquêtés se tournent vers l’agriculture. Cette situation est illustrée par les
propos nostalgiques de ce vieil éleveur qui la mort dans le cœur déclare « l’ère de
l’élevage est dépassée, nous somme à l’ère de l’agriculture ». 25% d’entre eux pensent
définitivement quitter la région pour rejoindre le sud Borgou qu’ils estiment moins
hostile à l’élevage.
Actuellement la tendance à la sédentarisation dans les systèmes pastoraux s’observe
dans plusieurs pays d’Afrique. Pour Bourbouze (2002) il y a un formidable
changement dans les steppes maghrébines où la sédentarisation des familles s’accélère,
mais les troupeaux, menés par des bergers ou des membres de famille éclatée gardent
leur mobilité. Au Tchad, Anderson et Broch-Due (1999) parlent de ces éleveurs qui
descendent de plus en plus au Sud et y cultivent pour sécuriser leurs revenus.

68

Kodio et al. (2001) retrace la genèse des changements intervenus au Nord Mali suite à
la création des conditions pour une sédentarisation volontaire. Les pasteurs adoptent
les stratégies suivantes : choix d’une zone d’attache près d’un point d’eau permanent,
maintien de la mobilité des troupeaux avec une partie de la famille, voyage sur les
terres salées pour ramener des sacs et distribuer le sel dans les enclos.
Landais (1983) fait remarquer la sédentarisation massive des transhumants dans le
Nord de la Côte – d’Ivoire où ils pratiquent l’agriculture et l’élevage dans la même
exploitation. Même constat dans la zone cotonnière du Burkina faso avec Ly
(communication personnelle) où les peuls récemment installés intègrent bien
agriculture et l’élevage.
Dans la vallée du fleuve Niger, les agriculteurs aujourd’hui s’orientent vers l’élevage,
en confiant les animaux à des bouviers, et les éleveurs vers l’agriculture.
Par contre certains clans peuls comme les Wodaabé, les Bororoobe (au Niger) et les
Ciwalbe (au Nigeria) habitués à cette longue tradition du nomadisme continuent
toujours leur migration dans le sahel malgré les hostilités environnementales
(Hammel, 2001)
La légitimité des actions de sédentarisation promues par plusieurs projets et “
protecteurs de l’environnements ” est sans doute la réponse à des questions du
moment, en matière de gestion environnementale mais aussi de paix social et cela n’est
pas contestable. Mais est- ce pour cela que l’option “ tout sédentaire ”, appuyée par la
panacée “ techniciste ” (Landais, 1983) que constitue l’association agriculture /
élevage et ses certitudes, était à même de garantir la paix sociale, la stabilité
écologique et l’intégrité culturelle des populations pastorales. Quant on sait que pour
celles-ci, le principe de frontière, de parcs nationaux et même de culture fourragère
constitue une sorte de bizarrerie du siècle présente et une affaire des blancs. Il ne faut
pas non plus perdre de vue que ces cultures et civilisations pastorales ont pu se
construire autour de l’idée que le déplacement et l’utilisation de la ressource fortuite,
étaient bel et bien selon Dulieu (2002) des réponses pertinentes à des problèmes de
gestion durable de la ressource. Pour Hammel (2001) la solution écologiquement
pertinente passe par le déplacement qui constitue l’opportunisme en matière de

69

valorisation de la ressource pastorale. C’est pour Behnke et al. (1993) la réponse la
mieux adaptée aux aléas climatiques et à la pauvreté des productions végétales.

5-1-3 – Analyse des systèmes d’exploitation des troupeaux
La taille moyenne d’un troupeau varie en fonction des groupes socioprofessionnels qui
définissent le mode d’élevage. Ces observations sont concordantes avec celles de
plusieurs auteurs qui font remarquer que le nombre de bovins par troupeau varie selon
les catégories d’éleveurs (Houinato, 1996 ; Onibon, 1999 ; Tamou 2002).
L’effectif le plus élevé dans nos recherches est observé chez les ciwalbe (105 têtes de
bovins par troupeau). Les effectifs les plus faibles ont été observés chez les bororoobe
(42 têtes /troupeau) qui pratiquent la transhumance voire le nomadisme. En effet les
bororoobe élèvent la race bodeeji qui sont des animaux d’espace et très sensibles au
déficit fourrager. La réduction des espaces pastoraux dans la région fait qu’ils ne
peuvent qu’entretenir des effectifs très réduits. Dans les régions où il y a encore
d’espaces pastoraux, ils continuent d’élever des effectifs pléthoriques. C’est le cas
dans les forêts des Monts Kouffè et de Wari-Maro où Onibon (1999) a trouvé des
effectifs de 190 têtes de bovins chez les bororoobe contre 76 chez les bargube et 55 à
65 chez le reste (Gorgabe, Bakube, Gurmabe) à cause de la disponibilité des pâturages.
Houinato (1996) a estimé l’effectif à au moins 100 têtes de bovins par troupeau
transhumance dans les monts Kouffè. Cette zone soudano-guinéene est beaucoup plus
arrosée que notre zone d’étude ; c’est ce qui explique ces effectifs élevés.
Sogbossou (2000) a par ailleurs trouvé un effectif de l’ordre de 107 bovins dans la
zone cynégétique de la Pendjari (ZCP).Cette valeur est très proche de celle de
Houinato (1996).
Tamou (2002), autour du parc W a trouvé des effectifs moyens de 72 bovins/troupeau.
Par contre Kassa (1998) signale des effectifs moyens de 500 têtes de bovins par
troupeau transhumant dans le parc national W. Cet effectif semble être surestimé et
incompatible avec les modes de conduite des bovins au pâturage.
Ces résultats sont différents de ceux des autres sus-cités qui ont trouvé les effectifs les
plus bas chez les sédentaires. Les valeurs suivantes ont été avancées : 25 bovins /

70

troupeau (Houinato, 1996 ; Sidi 1996), 80 bovins / troupeau (Kassa, 1998) ;
49 bovins / troupeau (Djodjouwin, 2001).
Donc les effectifs des troupeaux varient non seulement en fonction des catégories
d’éleveurs mais aussi et surtout en fonction du temps et de l’espace.
La gestion de l’effectif du troupeau constitue le problème le plus crucial et le plus
délicat qui échappe souvent aux profanes des systèmes pastoraux. En effet, il y a une
double logique dans le comportement des éleveurs : (i) viser un effectif qui assure une
garantie minimale ; (ii) l’impératif de reconstituer le troupeau en période favorable
lorsque celui-ci est réduit ou décimé en période difficile.
Cette garantie minimale varie en fonction des espèces, des races et des catégories
d’éleveurs. Elle est par exemple de 200 brebis environ sur les steppes marocaines
(Bourbouze, 2002). En Mauritanie Hammel (2001) estime un seuil de pauvreté de 2,4
UBT / personne et un seuil de viabilité de 4,2UBT. Dans le cas de notre étude les
éleveurs estiment ce minimum par rapport au nombre de mâles dans le troupeau et au
nombre de vaches lactantes. Pour les transhumants exclusifs qui ne pratiquent pas
l’agriculture, le rapport mâle sur femelle (excepté les veaux et velles) doit être
supérieur à 0,30. Ceci s’explique par le fait que l’exploitation du troupeau repose
exclusivement sur les mâles. Ils vendent les mâles pour subvenir aux besoins
alimentaires, vestimentaires et autres de la famille. Ce nombre élevé de mâles au
niveau de ces éleveurs les oblige à les castrer afin d’éviter la concurrence entre les
taureaux. Le nombre de mâles castrés constitue une identité remarquable des Ciwalbe
et Bororoobe.
Pour les agro éleveurs c’est le rapport vaches lactantes sur le reste du troupeau qui
définit ce minimum. Le nombre de vaches lactantes doit être supérieur à 40% de
l’effectif du troupeau. Le sexe ratio chez ces derniers est tellement faible au point où
ils ne peuvent plus utiliser seulement les revenus de la vente des animaux. C’est
pourquoi ils s’adonnent à l’agriculture et à la vente du lait et des produits laitiers.
L’effectif visé, garantissant un minimum de vie et une capacité à résister à la mauvaise
saison, est compatible avec les moyens des éleveurs. La progression de cet effectif
n’est évidemment pas illimité comme le croient certains. Il y a des seuils physiques,
économiques et sociaux difficiles à franchir (Bourbouze, 2002).

71

Mais cette logique de décapitalisation par réduction des effectifs par mortalité ou
déstockage pendant la saison sèche suivie d’une recapitalisation en période pluvieuse
est difficile voir impossible pour les petits éleveurs. Par exemple pour Tacher (1975),
il faut 10 années pour reconstituer un troupeau qui a perdu 30% de ses effectifs, 21
années si 50%. C’est ce qui justifie les faibles effectifs observés chez les bororoobe
venant du Niger. Ils ont perdu beaucoup de leurs animaux pendant les sécheresses de
85 et n’ont pas pu jusque là atteindre le seuil de viabilité. Cette régulation naturelle ou
volontariste pendant les grandes sécheresses constitue de terribles drames pour les
éleveurs en général et les plus petits en particuliers.

5-1-4- Variation spatio-temporelle de la productivité et de la capacité de charge
Dans notre milieu d’étude, la phytomasse est très variable d’une zone pastorale à une
autre et au sein d’une zone lors d’un même cycle de croissance. La phytomasse
maximale moyenne est de 11,08 t MS/ha. Elle a été obtenue dans la vallée dominée
par les pâturages à Echinochloa stagnina et Vetiveria nigritana. La phytomasse
minimale moyenne est de 4,48t MS/ha. Elle est obtenue au niveau de la zone tampon
dominée par les pâturages à Hyparrhenia involucrata et Andropagon chinensis et les
pâturages à Andropogon gayanus et Loxodera ledermanii (Sinsin et al, 2004). La
phytomasse maximale dans cette zone est de 7,61 t MS/ha au début du mois de
Novembre.
La comparaison des phytomasses des deux zones pastorales par l’analyse de variance
révèle une différence hautement significative au seuil de 1 % (P = 0,002) entre leur
productivité lors d’un même cycle de croissance. Cette productivité varie du simple au
double voire au triple dans les différentes zones (figure 9).

72


16
14
t
12
10
8
Vallée
MS/ha)
6
Zone tampon
Productivité (
4
2
0
Août Septembre Octobre Novembre
Mois

Figure 9: Productivité des pâturages par zone

La productivité des pâturages dans la zone tampon varie de 1,013 t MS/ha à 7,61 t
MS/ha. Ces résultats se trouvent dans l’intervalle de valeurs prévues par Rivière
(1991), à savoir 0,8 à 8 t MS/ha. Nos résultats concordent aussi avec ceux de Bako
(1994) dans le périmètre de Karimama pour des valeurs de 3 à 7 t MS/ha, Ougoubiyi
(1995) dans la zone cynégétique de la Djona avec des valeurs de 2 t MS/ha, Kassa
(1998) dans le parc W pour des valeurs de 3,25 à 5,980 t MS/ha, Gaoué (2000) pour
des valeurs de 3,8 à 6,88 t MS/ha et Tamou (2002) avec des valeurs de 7,40 t MS/ha.
Tous ces auteurs ont effectué leurs travaux dans les zones situées approximativement
aux mêmes latitudes appartenant au complexe du W, donc globalement à une même
zone.
La phytomasse maximale (15,9 t MS/ha) trouvée dans la vallée est sous – estimée car
il s’agit de la biomasse fourragère submergée. Pourtant elle est de loin supérieure à
celle trouvée par Dresch (1982) dans le Delta intérieur du Niger au Mali. Elle varie de
2 t à 6 t MS/ha. Cette différence s’explique par les aléas climatiques. La pluviométrie
dans cette zone varie de 200 à 400 mm/an.
Par ailleurs en considérant la demande en terre équivalente maximale (0,43
ha/UBT/an) et la superficie de la vallée (10.000 ha), on définit la charge potentielle qui
est de 23.256 UBT.

73

Il s’ensuit alors une charge supplémentaire de 24.980 UBT en considérant les effectifs
avancés par le SSA de Karimama (48.236 UBT). Donc la vallée du Niger supporte
actuellement deux fois plus de charge que sa capacité ne le permette. Le taux de
charge de 48.236 UBT semble être sous estimé. En effet le flux du bétail dans cette
zone est très difficile à contrôler. Car les bétails de tous les pays frontaliers
transhument à travers la vallée. Aussi faut-il noter que les espaces occupés par les
champs dans la vallée n’ont pas été pris en compte. Supposons que cette charge
supplémentaire exploiterait la zone tampon (ZT). Ainsi sur la base de la demande en
terre (0,9ha/UBT/an) et la bande de 111 km x 2 km (soit 22.200ha) réservée aux
éleveurs, la charge potentielle est de 24.666 UBT. Il va s’en dire que la charge que
peut supporter la ZT serait dépassée. Mais dans l’état actuel des choses, il serait très
difficile d’évaluer l’effectif du cheptel dans cette zone à cause de la méfiance des
éleveurs liée aux mesures coercitives prises par les forestiers. En prenant aussi en
compte les quittances de droits de pâturage délivrées par l’administration forestière, les
résultats seront erronés. En effet, plusieurs éleveurs ayant versé leurs droits de
pâturage ne sont pas entrés en possession de leurs quittances. Par contre d’autres
n’ayant pas versé se sont installés. A cela s’ajoute l’occupation de la zone réservée à
l’élevage par les agriculteurs, ce qui réduit considérablement la superficie considérée.
Onibon (1999), étudiant la forêt des Trois Rivières aboutissait à la conclusion qu’elle
avait dépassé de deux fois sa capacité de charge.
Sogbohossou (2000) avec une hypothèse plus pessimiste fait remarquer qu’en saison
sèche, la ZCP supporte 66 fois plus de charge que sa capacité ne permette. Elle semble
être surestimée.
Tamou (2002) constate lui aussi que la ZCD a dépassé sa capacité de charge.
Ces résultats posent une fois encore l’épineux problème de l’alimentation du bétail
pendant la saison sèche et remettent en cause la notion de capacité de charge.
La capacité de charge est définie selon Behnke et al. (1993) comme étant «le nombre
de têtes de bétail qu’une zone pourra supporter sans que la production fourragère ne
diminue pendant les saisons suivantes ». En effet le concept de capacité de charge a
été développé dans le but d’éviter que le bétail ait des répercussions négatives sur les
rendements fourragers à long terme. Or le nombre d’animaux qu’une zone peut

74

supporter est fonction de sa végétation qui selon Bayer et Waters-Bayer (1999) varie
énormément d’une saison à une autre. Même en supposant que la capacité de charge
soit respectée, il aura diminution de la phytomasse, tout au moins la composition de la
végétation sera modifiée. C’est le cas de la vallée où les Echinochloa stagnina plus
appétible que le Vetiveria nigritana disparaisse à son profit sans que cela n’ait
d’incidence sur la phytomasse totale.
Par ailleurs Jones et Sandland (1974) ont trouvé que le gain maximum de poids vif par
hectare est atteint avec un chargement où le gain par animal n’est que la moitié de ce
qui serait possible avec un chargement très faible. Autrement dit si les terres sont rares
et que les éleveurs recherchent un gain maximum par hectare, le modèle de Jones et
Sandland montre qu’ils peuvent élever quatre à cinq fois plus d’animaux sur les
mêmes terres que s’ils voulaient un gain maximum par animal.
Plusieurs auteurs se sont plaints du fait que certaines zones pastorales supportent 50
fois plus de charge que leurs capacités ne le permettent. Si la production animale
dépend exclusivement du pâturage naturel, ces animaux seraient tous morts car ils ne
pourront pas couvrir leurs besoins d’entretien.
Donc la capacité de charge d’un pâturage dépend de la composition de la végétation
souhaitée et des objectifs d’élevage. Dans la vallée du Niger où la production des
bourgoutières dépend des crues aléatoires, il faut développer des stratégies
d’adaptations à ces variations, plutôt que de limiter le nombre d’animaux à une
capacité de charge hypothétique.

5-2- Relation entre production laitière et productivité des pâturages
5-2-1- Analyse des facteurs déterminants dans la production laitière
Parmi les facteurs de variation de la production laitière, on distingue des facteurs liés à
l’animal (intrinsèques) et ceux liés au milieu (extrinsèques). Parmi les facteurs
intrinsèques, on peut citer les facteurs génétiques (race, individu) qui feront l’objet
d’analyse.
En introduisant le facteur race pour la quantité de lait trait dans l’analyse de la
variance, la différence est hautement significatif au seuil de 1% (P=0,00). La
production varie du simple au double entre les Gudali et les Keteeji. Il en est de même

75

au sein d’une même race. Par exemple chez les Gudali, meilleures productrices dans
toute la vallée, la production individuelle maximale est de 2,72 kg.j-1 contre 1,54 kg j-1
pour celle minimale. Il y a donc une différence hautement significative au seuil de 1%
(P= 0,001) entre la production des individus et au sein d’une même race.
Ces différences observées sont d’ordre génétiques et l’expérience a montré que celles-
ci portent simultanément sur plusieurs locus (Goux, 1975). Selon le même auteur, les
effets conjugués de la valeur additive des gènes, de l’interaction entre gènes de même
locus ou de locus différents constituent le potentiel génétique qu’il est impossible de
changer pour un animal donné. Ces effets ne sont apparents que lorsque les conditions
du milieu sont optimales.
Dans les stations expérimentales en climat chaud, grâce à l’amélioration de la situation
alimentaire des animaux pendant toute l’année par des méthodes de gestion adéquate
des troupeaux, l’utilisation rationnelle des fourrages de qualité (sous-produits agricoles
et agro-industriels, cultures fourragères) et grâce à l’amélioration des soins de santé,
la production animale a fortement augmenté. Ainsi, il a été possible d’avoir une bonne
idée de ce qui pourrait être le potentiel génétique des animaux. Ketelaars (1991) a
rapporté que le potentiel de production laitière est situé entre 1000 et 2000 kg de lait
par lactation, niveau que les meilleures productrices (Gudali) n’ont pas atteint. Celui
de l’âge au premier vêlage est estimé à 30 mois et celui de l’intervalle entre vêlages
successifs 14 mois (Bakker et al., 1996). Les résultats de notre étude sont loin
d’atteindre ces paramètres de reproduction. Seuls les Gudali avoisinent les 14 mois
d’intervalle de vêlage. Les Bodeeji sont les moins performants par rapport à ce
paramètre. Le stress alimentaire prolonge cet écart jusqu’à 28 mois chez les Bodeeji.
Ceci s’explique selon Kouriba (1982) par une infertilité associée à un allongement de
l’an œstrus, de la lactation et à une défaillance de conception lorsque les cycles
oestraux arrivent à être induits.
Donc ces paramètres de reproduction ne peuvent pas être atteints dans les élevages
transhumants ou les animaux ne reçoivent pas de compléments alimentaires.
Les vaches de la zone semi-aride adaptées au climat sec et à la longue marche, à
travers les nombreuses études de production, présentent une variabilité de

76

performance. Kané (1996) dans une étude réalisée sur les vaches zébu de race maure et
peul a trouvé une production moyenne journalière de 2 Kg.
L’aliment et le climat sont les principaux facteurs extrinsèques agissant sur la
production de même que la composition du lait (Meyer et Denis, 1999). Ces deux
facteurs ne sont d’ailleurs pas indépendants l’un de l’autre. En effet le climat modifie
la végétation et donc l’alimentation des animaux.
Il y a une forte corrélation entre la production laitière des quatre races et la
productivité des pâturages (figure 10).


3
8
)
)

2,5
7
6
Traite
2
5
laitière ( kg)
re (kg
1,5
4
Productivité
it
(t MS/ha)
1
3
2
0,5
Productivité (t MS/ha
Traite la
1
0
0
Juillet Août Septembre Octobre Novembre
Mois


Figure 10: Evolution de la productivité des pâturages et de la production laitière

La quantité de lait trait est passée du simple au double entre le mois de juillet et de
septembre. Cette augmentation est proportionnelle à la productivité des pâturages.
Mais il y a eu baisse de la quantité de lait trait après le mois de septembre en dépit de
l’augmentation de la productivité des pâturages qui a atteint son maximum fin
octobre ; ceci serait dû au fait de la baisse de la qualité de ces fourrages suite a la
lignification avancée.
Les faibles performances réalisées par les vaches au début de l’étude sont le fait
qu’elles sont tributaires des ressources fourragères des pâturages naturels et des
champs de culture après la récolte. Ces ressources fourragères subissent une variabilité
de la disponibilité et de la qualité au cours de l’année. Pendant la saison des pluies la

77

qualité des fourrages varie de bonne à excellente et la disponibilité abondante ne dure
que trois mois sur les terres exondées et deux mois dans la vallée. La période sèche
longue de 8 mois est caractérisée par la perte graduelle de la qualité fourragère de
médiocre à très mauvaise et la raréfaction de la disponibilité. Selon Kané (1996), c’est
cette fluctuation des situations fourragères qui compromet l’extériorisation du
potentiel génétique des animaux.
Le second facteur extrinsèque qui limite la production laitière est le climat. Ses
principales composantes sont la température et l’humidité relative. Notre zone d’étude
est caractérisée par les fortes valeurs de température et d’humidité relative difficiles à
isoler. En effet l’action déprimante des fortes chaleurs sur la production est due en
grande partie à une diminution de l’ingestion et à une augmentation de l’évaporation
pulmonaire (Meyer et Denis, 1999). Donc la thermotolérance des animaux varie en
sens inverse de leur production.
Les éleveurs de façon empirique connaissent cette réalité. C’est pour cette raison que
la conduite des bodeeji (adapté au sahel) se fait généralement la nuit, période pendant
laquelle la température est faible. Pendant la journée où il fait beaucoup chaud les
animaux se reposent sous l’ombre des arbres.
Selon les mêmes auteurs précités, les vaches à haut potentiel sont mal adaptées en
milieu chaud et humide. Du fait de leur production laitière importante, elles produisent
une grande quantité d’extra chaleur, production calorifique difficile à éliminer quand
le degré hygrométrique de l’air est important.
Un autre paramètre non moins important qui influe sur la production laitière est la
conduite de l’élevage. En effet l’évolution bimodale de la production laitière chez les
Keteeji serait liée aux modes de conduite de l’élevage. Leurs propriétaires sont des
agro-eleveurs qui utilisent les déjections du bétail comme fumier dans leurs champs.
Pour cela ils restent à coté des zones de culture et utilisent les pâturages des
montagnes qui ont une faible productivité. C’est ce qui explique la première chute de
la production du lait. Après les travaux champêtres, ils rejoignent la zone tampon où
les pâturages sont encore plus abondants. Cela correspond au second pic de production
le plus accentué. Pour les bororoobe et les ciwalbe, qui possèdent les Bodeeji et les
Gudali, ils font exclusivement l’élevage. Ils sont en permanence à la recherche des

78

pâturages de bonne qualité. C’est pourquoi leurs vaches atteignent leur pic de
production avant les autres. Le large spectre de vêlage chez les Jalliiji expliquerait
l’évolution progressive de sa production
Ces observations concordent avec celles de Ogodja (1988) qui fait remarquer que la
conduite de l’élevage influe énormément sur la production du lait.

5-2-2- Effets des périodes de vêlage sur la production laitière.
Quant aux périodes de vêlage au niveau des différentes races, elles s’étendent de
décembre à avril. Seule la race Jalliiji fait exception à cette règle, en concentrant les
56,67 % de vêlage en mai-juin. Donc la connaissance de ces périodes nous permet
d’identifier les mois favorables à la production laitière. Cette période s’étend de mai à
septembre. Elle correspond à une période de disponibilité qualitative et quantitative de
fourrages. Ces observations sont concordantes avec celles de Ogodja (1988) qui
remarque que les vaches ayant vêlé au cours de la deuxième moitié de la saison sèche
et en période transitoire (décembre à mai) expriment leur potentiel de production en
saison pluvieuse. Nos résultats montrent que la période de vêlage n’a pas eu d’effet sur
la production laitière. Ces résultats sont en contradiction avec ceux de Ogodja (1988)
qui a démontré que les vaches qui ont vêlé en Janvier et en Mars ont un niveau de
production moyen (1,25 l) alors que celles qui ont vêlé en Décembre ont une
production relativement meilleure (1,625 l). Cette différence serait due au fait que les
périodes de vêlage mentionnées sont celles du calendrier pastoral. En effets les
éleveurs ne connaissent pas les dates de vêlage avec exactitude mais ils les situent
toujours par rapport aux 5 périodes de leur calendrier pastoral. Ces différentes périodes
couvrent deux à trois mois, ce qui rend difficile l’établissement des corrélations entre
le mois de vêlage et la production laitière.
Cette période de vêlage est très souhaitée par les éleveurs parce qu’elle permet de
synchroniser la production laitière à la disponibilité fourragère. Elle permet également
de réduire le taux de mortalité des veaux. En effet selon Kané (1996) les
manifestations pathologiques sont intenses en période pluvieuse. La détérioration des
conditions du milieu pendant les jours pluvieux suite à la stagnation de l’eau et de la

79

formation de boue dans les parcs influencerait probablement l’apparition des agents
pathogènes.
Mais cette période de vêlage n’est pas favorable sur le plan alimentaire. On sait que
l’état physiologique influe beaucoup sur la capacité d’ingestion selon l’encombrement
de l’utérus, l’importance des réserves graisseuses et les besoins en énergie de l’animal.
Chez les vaches, cette capacité au moment de vêlage augmente de 50 % (Meyer et
Denis, 1999).
Les besoins alimentaires sont plus élevés pour les vaches en gestation, en lactation que
pour celles qui sont sèches et vides.
Il apparaît que l’effet éventuellement dépressif de la carence alimentaire en saison
sèche a été masqué par l’utilisation des réserves accumulées pendant la période des
pluies (juillet – septembre). Ce qui accentue les pertes de poids enregistrées pendant
ces périodes. Les Jalliji qui vêlent exceptionnellement en mai-juin ont vu leur poids
très peu varier pendant la période d’étude.
Aussi la reconnaissance de la période de vêlage permet-elle de maîtriser la période de
saillie. Elle s’étend de mars à juillet pour les Gudali, Bodeeji, Keteeji et d’août à
septembre pour les Jalliiji. Elle synchrone avec les premières pluies où les repousses
ont une haute valeur nutritive. Si le stress alimentaire intervient en période post-
partum, on note généralement une infertilité associée à un allongement de l’anoestrus,
de la lactation et à une défaillance de conception lorsque les cycles oestraux arrivent à
être induits (Kuriba, 1982).

5-2-3- Effet de la variation pondérale sur la productivité des vaches
La figure 8 montre que les poids des vaches Bodeeji sont demeurés supérieurs aux
autres ; les poids moyens étaient déjà différents au départ. Mais pour toutes les races
on a constaté une tendance à l’augmentation du poids pendant la période pluvieuse.
Les gains de poids observés chez toutes les races sont hautement significatifs au seuil
de 1% (P=0,00). En effet, pendant la saison sèche, tous les animaux étaient en
restriction alimentaire du point de vue qualitatif et quantitatif. C’est aussi la période
pendant laquelle les animaux font de grande distance pour satisfaire leurs besoins
alimentaires et hydriques. En effet la paille constitue l’alimentation de ces bovins en

80

saison sèche. Elle a cependant une valeur alimentaire faible (Rivière, 1968). Le taux
d’azote est inférieur à 8g.kg-1 MS (Rivière, 1977 ; Kané, 1993) qui permettrait
d’assurer les besoins d’entretien (Ketelaars, 1991). Mais l’effet de l’ingestion de ces
fourrages pauvres n’est pas compensatoire et se solde par un poids relativement faible.
Pendant cette saison, les animaux perdent 5% à 10% de leur poids (Rivière, 1968).
En saison des pluies, la plupart des animaux sont sédentaires et le fourrage est plus ou
moins disponible en quantité et en qualité. Ainsi l’effet de l’ingestion compensatoire
de ces fourrages se solde par une croissance pondérale compensatrice au niveau de
toutes les races. En revanche, la composante environnementale dans l’expression du
gain de poids vif est plus marquée par l’alimentation chez la race Bodeeji que chez les
autres races. Au niveau de cette race la croissance pondérale est de 11% soit un gain
de 345g.j-1. Elle est voisine de celle de Delgado (1979) qui a rapporté une variation
pondérale de 12% chez des femelles bovines adultes dans le delta du Niger pendant
janvier – juin. Elle se trouve également dans la fourchette de 5 à 10% préconisée par
Rivière (1968). Mais elle est très inférieure à celle obtenue par Kané (1996) qui est de
510g.j-1 chez les vaches gestantes (dernier tiers de la gestation). Cette différence
s’expliquerait par l’état physiologique des vaches dans notre zone d’étude. La plupart
de celles-ci sont dans le premier tiers de leur gestation.
Selon Bayer et Waters-Bayers (1999), les animaux maigres mangent plus que les
animaux gras, non seulement par kg de poids mais aussi dans l’absolu. C’est pourquoi
les Bodeeji qui ont perdu plus de poids pendant la saison sèche reprennent du poids
plus rapidement que ceux dont le poids varie très peu (Jalliji).
Ce GMQ élevé chez les Bodeeji s’expliquerait aussi par le caractère sélectif sur le plan
alimentaire de cette race. En effet, ce sont des animaux d’espace ; ils recherchent
continuellement les pâturages de bonne qualité. Les propriétaires de cette race ont bien
compris cela. C’est pourquoi ils recherchent toujours les poches de pâturages les plus
riches d’où leur perpétuel déplacement. C’est ainsi qu’ils sont toujours les premiers à
envahir les bourgoutières qui ont des fourrages d’une bonne qualité. Déjà, dès
décembre au moment où la vallée est encore inondée, les Bodeeji excellents nageurs
traversent le fleuve Niger et pâturent dans l’eau pendant toute la journée. Le soir ils se

81

replient sur les terres exondées. Pendant cette période, les autres races ne peuvent pas
y accéder.
Quant à la race Jalliji, le gain a été de 135g.j-1 soit une variation pondérale de 5%. En
effet ces bovins perdent très peu leur poids en période difficile. Ce sont des animaux
bien adaptés à la zone semi-aride et plus précisément aux plaines inondables. Ils y
séjournent pendant toute la période sèche et pâturent les repousses permanentes
d’Echinochloa stagnina. Ces repousses sont favorisées par l’évaporation des eaux
résiduelles de la vallée. Elles sont très appétées par ces bovins et ont une valeur
alimentaire très élevée (Boudet, 1991).
Les Keteeji rattrapent aussi vite leur poids après la saison sèche. Entre juillet et
septembre, ils ont eu un gain de 259g.j-1 soit une variation pondérale de 9%. Ce gain
constaté chez ces bovins résulterait en grande partie de leur passé nutritionnel,
notamment les réserves corporelles accumulées pendant la transhumance. En effet le
retour de la transhumance se fait en fonction de la pluviométrie. Les éleveurs suivent
la progression des repousses dans les savanes et les jachères du Sud vers le Nord. Les
animaux pâturent ainsi ces repousses qui ont une haute valeur nutritive. Avant donc de
rejoindre leur terroir d'attache, ils accumulent assez de réserves nutritives.
Les Gudali avec un gain de 237g.j-1 soit une variation pondérale de 6% sont des bovins
qui ont un comportement alimentaire très peu sélectif, C’est ce qui explique le mode
de conduite sédentaire qu’adoptent la plupart de leurs propriétaires. Ce sont des bovins
qu’on peut qualifier ″d’eurytrophe ″ car ils broutent tout ce qu’ils trouvent sur leur
passage. Ils valorisent bien les fourrages pauvres. C’est pourquoi ils perdent très peu
de poids en saison sèche. Les peuls les désignent par ″Nagge Kaado″ pour ainsi dire
qu’ils peuvent être élevés par les non peuls qui ne sont pas spécialisés dans l’élevage.
Ils sont moins exigeants sur le plan alimentaire et sont très dociles. C’est ce qui
explique leur faible perte de poids en saison sèche.
Les pasteurs mettent à profit ces différences de comportement alimentaire des bovins
en élevant plusieurs races dans un même terroir. Par exemple sur un même parcours,
les Bodeeji sélectionnent les espèces végétales les plus riches. Les refus sont à leur
tour consommés par les Gudali et les Jalliji ce qui permet d’exploiter une plus grande

82

partie de la végétation et d’élever plus d’animaux par unité de surface que s’il n’y
avait qu’une seule race.
Aussi les valeurs moyennes de poids vif résultent-ils des changements de poids
réalisés, lesquels dépendent de l’état physiologique et des quantités de lait produit.
Selon Kané (1996), le besoin de production de gain de poids vif est de 710g pour 1kg
de gain de poids vif lorsque l’animal est en production laitière. Ce besoin varie aussi
suivant que l’animal est en gestation, en lactation ou en état de non lactation et non
gestation. Selon le même auteur ce besoin est plus élevé pour les vaches gestantes et
les vaches en lactation que pour celles qui sont à la fois sèches et vides.

































83






















Chapitre 6 : Conclusion et Recommandations

























84

6- Conclusion et recommandations
6-1- Conclusion
La présente étude a permis de montrer que la conduite de l’élevage et la productivité
des troupeaux dépendent étroitement de la variation des conditions du milieu
particulièrement l’alimentation.
Au total quatre catégories d’éleveurs correspondant aux quatre principales races
bovines ont été identifiées dans la vallée du Niger de karimama. Les Bororoobe et les
Ciwalbe qui sont exclusivement des pasteurs possédant les races les plus performantes
en production laitière. Les Gudali pour les premiers ont une production moyenne de 2
kg.j –1 et les Bodeeji pour les derniers produisent 1,7 kg de lait par jour. Quant aux
Bargube et bettinkoobe, ils sont des agropasteurs et possèdent les races les moins
productives à savoir les Jalliiji et les Keteeji qui ont des productions laitières
moyennes respectives de 1,5 kg.j-1 et 1,3 kg.j –1.
Cette production laitière varie également d’une saison à une autre. La plus grande
production (2,72 kg.j-1) a été obtenue en Septembre chez les Gudali et la plus faible
production (0,66 kg.j –1) chez les Keteeji en Juillet. Ces différences de productivité
sont liées à la variabilité de la disponibilité et de la qualité fourragère au cours de
l’année.
Cette variabilité est à la base du calendrier pastoral. Ainsi trois zones pastorales ont été
identifiées. Pendant la saison des pluies qui dure 2 à 3 mois la disponibilité des
fourrages est abondante, les éleveurs exploitent la zone tampon et les pâturages des
hautes terres. Pendant la saison sèche longue de 8 mois, caractérisée par la raréfaction
de la disponibilité fourragère, les éleveurs descendent dans la vallée. Cette alternance
pluviométrique influence la productivité des pâturages de ces zones pastorales.

85

Deux types de pâturages ont été identifiés dans la vallée : les pâturages à Echinochloa
stagnina et les pâturages à Vetiveria nigritana. Quant à la zone tampon, elle est
dominée par les pâturages à Hyparrhenia involucrata et Andropogon chinensis et les
pâturages à Andropogon gayanus et Loxodera ledermanii. La vallée produit trois fois
plus de fourrage que la zone tampon et constitue donc une ressource clé dans le
système pastoral de la zone d’étude. Même si elle ne représente que la moitié de la
surface pastorale totale, sa contribution est essentielle lorsqu’il s’agit surtout d’assurer
la survie des animaux pendant la saison sèche. C’est la raison pour laquelle pendant
cette période les bourgoutières sont investies par plus de 50.000 têtes de bétails. Ceci
permet de maintenir la disponibilité de la production laitière affectant d’une manière
positive le niveau de vente et de consommation.
Mais, la vallée attire aussi les cultivateurs surtout les producteurs de coton qui sont en
train de prendre progressivement le contrôle de l’espace. Les éleveurs perdent
aujourd’hui l’accès à ces bourgoutières d’une productivité exceptionnelle. Ce
changement de situation se traduit par des pertes de poids de 11% chez les bovins en
saison sèche. Ce qui entraîne la baisse de la productivité animale dans son ensemble.
Découragés par cette situation beaucoup d’éleveurs se tournent vers l’agriculture. Par
contre d’autres quittent définitivement la zone pour fuir les conflits dûs aux problèmes
fonciers et institutionnels d’utilisation des ressources naturelles.
D’après les concepts de l’écologie humaine, la situation dans la vallée du Niger est
compétitive et conflictuelle. En partie on peut aussi y distinguer du commensalisme,
défini comme positif par un seul parti : dans ce dernier cas le groupe avantagé sont les
agriculteurs, puisqu’ils occupent les parcs de nuit riches en fumier pour l’agriculture
en saison pluvieuse.
La viabilité de l’élevage dépend énormément de la possibilité qu’ont / ou que n’ont pas
les éleveurs d’exploiter l’hétérogénéité des parcours naturels. Si toute la vallée est
mise en culture, le bétail perdrait peu de fourrage pendant la saison des pluies mais les
pertes durant la saison sèche représenteraient 66% de la biomasse herbacée disponible.
Ainsi, tout changement dans l’utilisation des zones pastorales peu avoir des effets
dévastateurs sur l’ensemble du système d’exploitation des terres. Les systèmes

86

agricoles conquérant après avoir évacués le pastoral et l’animal ne sont pas
nécessairement durables. Il faut savoir réintroduire l’animal dans ces systèmes.

6-2- Recommandations
Plusieurs options sont à préconiser pour la relance de l’élevage dans la vallée du
Niger.
Au niveau de l’animal, l’adaptation génétique, sanitaire et métabolique des races
bovines aux conditions du milieu et à des objectifs d’intensification dans un contexte
de ressources en mutation. Il faut donc continuer la recherche sur la race Gudali qui
s’est révélée plus performante que les autres races en production laitière.
Au niveau du troupeau ou exploitation, il faut donc chercher à optimiser les capacités
de production des troupeaux en les spécialisant. Par exemple intensifier la production
laitière dans les troupeaux de race Gudali. Intensifier la culture attelée par l’adoption
de la race Keteeji. Utiliser la race Bodeji à cause de son comportement alimentaire
dans le sylvopastoralisme. Ainsi l’élevage peut participer au débroussaillement ou à la
recolonisation par les ligneux des forêts classées.
A l’échelle terroir, une politique d’intégration de l’élevage à l’agriculture serait
souhaitable. Mais la faible synergie entre l’élevage et l’agriculture, dans cette zone et
l’inaccessibilité des terres cultivables par les éleveurs rendent difficile son application
dans un proche avenir. Par contre il faut à court terme, prendre une série de mesures
afin d’éliminer ou de réduire les tensions entre les éleveurs et les agriculteurs.
D’abord il faudra améliorer les ressources hydriques dans la zone tampon ; ainsi les
éleveurs ne seront plus obligés de descendre dans la plaine inondable pour y abreuver
leur bétail au moment ou les cultures se trouvent encore dans les champs.
Ensuite, au niveau des ressources fourragères, il faut restaurer, réhabiliter, protéger,
officialiser et gérer les aires de pâturage. Cela ne peut s’envisager que par un ensemble
de dispositifs à la fois institutionnels, juridiques et techniques. Pour l’aspect juridique
il faut mettre en place des codes pastoraux, des politiques incitatives comme la
définition des droits fonciers, le partage des bénéfices pour le maintien des parcours
naturels, la taxation des cultures industrielles pour la régénération des bourgoutières et
l’implication du droit coutumier. Sur le plan technique il faut inclure le développement

87

des infrastructures afin d’acquérir un meilleur équilibre entre l’activité d’élevage et la
disponibilité en terre, et des services formation vulgarisation.
Enfin il faut engager les concertations sur la transhumance impliquant tous les acteurs
afin d’officialiser les droits pastoraux et reconnaître le pâturage comme un mode noble
de mise en valeur des ressources naturelles.



























88

















References Bibliographiques



















89

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94














Annexes



















95

FICHE D’ENQUETE


Nom
enquêteur

:………….
-
Commune……

d’enquête


:………….
-
Village……










-
Hoggo………..
Date :

Gestion de l’élevage

1- Eleveur


11-
Nom………………..

12- Activité principale……………..

13- Autres activités……………………..

14- Situation matrimoniale : Marié : Oui
Non
Si
Oui
:
nombre
d’enfants
:
……..
15-
Age………………………………..

16- Nombre de personnes en charges……………………………

17- Propriétaire :
Unique
Multiple

18- Gardien du troupeau :
Oui
Non

2- Indicateur de composition du troupeau

21-
Race

22- Vache totale ……………………………………………………..
Gestante……lactante……..
stérile…….Gémisse……
velle……
: taureau….
: taurillon…. Mâle……castré…… veau……
Primipare ……. Multipare…………


22- Age au premier vêlage………

23- Rang moyen de lactation………

24- Nombre de réformes

25- Causes des réformes …………………………………………………...

26- Nombre moyen de lactation avant réforme……………

27- Ecart moyen du dernier tarissement à la réforme……………….








96

3- Indicateurs de reproduction



31-Connaissance de la détection des chaleurs : Oui

Non

32- Critère de choix du taureau géniteur : ……………………………….

33- Période favorable à la saillie

34- Nature des vêlages et mortalité
Carrière vache
Vêlage
Mortalité
Race
Sans
Avant
Après
Primipare Multipare Dystocique Avortement
Adulte
intervention sevrage
sevrage











35- Causes des vêlages dystociques ……………………………………..

36- Causes des avortements ……………………………………………….

37- Causes des mortalités avant sevrages ………………………………….

38- Causes des mortalités après sevrages…………………………………..

39- Causes des mortalités des adultes ……………………………………..

310-Mesures prises pour réduire les mortalités ……………………………

311- Apport de soins aux nouveaux-nés : Oui
Non

312- Si Oui lesquels …………………………………….

313- Si Non pourquoi………………………………………

314- Age au sevrage …………………………………….

315- Causes de stérilité des vaches…………………………..

4- Indicateurs sanitaires et de l’état corporel



41- Maladie de l’appareil locomoteur ……………………………………..

42- Maladie affectant la production laitière ………………………………

43- Période de recrudescence des pathologies de lactation………………...

44- Autres pathologies………………………………………………….

45-Variation de l’état corporel des vaches au tarissement et au vêlage….

46- Mesures de lutte contre les maladies……………………………

5- Indicateurs de la production laitière



51- Répartition vêlage

Mois Jan Fev Mars Avril Mai Juin Juil Août Sept Oct Nov Dec
















52-
Durée
tarissement……………………….
53-
Durée
lactation………………………………

54- Utilisation des plantes lactogènes : Oui
Non

97

Si oui lesquelles ……………. et modes d’utilisation …………...


55-Heure de traite du lait……………………..

56- Nombre de traite par jour……………………….

57- Conditions hygiéniques de la traite………………….

58-Destination du lait trait

- Vente
- Autoconsommation



- Transformation



- Durée

6- Conduite de l’élevage


61- Période d’arrivée dans la vallée ………………………………………

62- Période de retrait ……………………………………………………..

63- Temps de pâture journalière dans la vallée …………………………..

64- Destination après le retrait de la vallée ……………………………….

65- Déplacements saisonniers : Oui
Non

Si oui itinéraire des déplacements …………………………………….

66- Périodes de déplacement…………………………………………

67- Mode d’alimentation des animaux…………………………………..





- Pâturage naturel
Oui
Non
-
Pâturage
artificiel


Oui
Non


- Dans chaque cas pourquoi ………………………………………


68- Alimentation spéciale pour les vaches allaitantes ? Oui
Non




- Si oui laquelle …………………………………………..


- Si non pourquoi ………………………………………..


69- Apport de compléments alimentaires Oui
Non


- Si oui lesquels



610- Problèmes rencontrés dans l’exploitation de la vallée ………………

611- Leur règlement

612- Source d’abreuvement : Puits Retenu d’eau

98